Crise budgétaire, à qui la faute ?

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« Until now « sequestration » has been a word that only means something to people living inside the Beltway or to political junkies who depend on their daily dose of Politico and The Hill. »


                                                                                                                                         Julian Zelizer

Depuis une semaine le mot « sequester » fait la une des médias. Le ton est dramatique pour dénoncer la crise budgétaire qui se prépare à Washington. Mais à qui la faute? Pour les Républicains, et tout particulièrement pour le Speaker de la Chambre John Boehner, Obama est le seul responsable de cette situation. Le sequester fait référence aux coupes drastiques ( plus de 1200 milliards de dollars sur dix ans) dans les dépenses publiques qui devraient entrer en vigueur le 1er mars prochain, faute d’entente bipartisane au Congrès quant aux mesures à entreprendre pour réduire le déficit fiscal.

Cet accord adopté largement par les deux chambres en août 2011, prévoit des réductions budgétaires massives dans des secteurs clefs comme la santé, la Défense, et l’éducation. Ce sont des milliers d’emplois qui sont menacés. Même si Obama a fait de cet accord une loi en apposant sa signature, il appelle les membres du Congrès et particulièrement les Républicains à considérer sérieusement, la hausse du taux d’imposition pour les plus hauts revenus, afin d’éviter la mise en application du sequester

Finalement, c’est un véritable retour de bâton pour les membres du Congrès qui ont accepté un tel accord en pensant que les effets néfastes qu’il aurait sur l’économie, forceraient les deux chambres à s’entendre sur un projet alternatif. Situation fâcheuse accentuée par une baisse considérable du taux d’approbation populaire des Républicains dans les sondages. En effet, selon un récent sondage de Quinnipiac University Obama jouit d’une côte de confiance populaire de 60% contre 19% pour le GOP.

De plus, alors que 59% des Démocrates au Congrès se déclarent prêts à faire des compromis sur les questions fiscales, 55% des Républicains défendent fermement leur position et ne souhaitent pas faire preuve d’ouverture. 

Mais, comme le souligne Julian Zelizer, le GOP a bien plus à perdre politiquement que les Démocrates dans cette crise. L’immobilisme dont font preuve les élus républicains pourrait fort bien ouvrir la voie à un Congrès à dominance démocrate aux prochaines élections de mi-mandat en 2014. Même si les Américains sont majoritairement opposés au gouvernement fédéral, certains programmes sociaux comme Medicare et le Social Security sont très appréciés de la population: « When the federal government shut down in 1995-1996 because of a budget standoff between Republicans and President Clinton, the GOP faced a huge backlash when Americans were unable to access basic government services, such as obtaining a passport or visiting the national zoo. »

C’est donc possiblement une période délicate qui s’annonce pour le parti républicain si aucun accord n’est trouvé d’ici la date fatidique du 1er mars. 49% des Américains estiment que les élus républicains sont responsables des coupes budgétaires, contre 31% pour Obama. 

A.E

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« Made in America »: Obama et le discours sur l’état de l’Union !

Le discours de l’état de l’Union délivré le 12 février dernier par le président Obama se résume pour beaucoup d’analystes par deux mots : ambitieux et idéaliste.

En effet, c’est un Obama engagé politiquement sur tous les fronts (économie, emploi, santé, déficit fiscal, accords économiques, éducation, contrôle des armes à feu, changement climatique, immigration, etc.) qui a tenu à affirmer les ambitions de la Maison-Blanche pour les quatre prochaines années. Il demande explicitement et expressément aux membres du Congrès de travailler ensemble, au-delà des divisions partisanes, afin d’aller de l’avant sur certaines mesures phares.

On retient notamment, la volonté du président d’augmenter de 25% d’ici trois ans le salaire minimum, qui passerait de 7,25$ à 9$. Mesure qui risque de rencontrer une forte opposition des Républicains, majoritaires à la Chambre, et farouches opposants à l’augmentation des dépenses sociales. Réticence également de la part des chef d’entreprise, qui subiraient une hausse du coût du travail. À l’heure où les questions du déficit budgétaire font débat, une telle mesure a peu de chance de susciter l’aval du Congrès. 

D’autres annoncent sont à surveiller de près comme la volonté d’augmenter les impôts pour les plus hauts revenus, une nouvelle proposition de taxe sur la carbone afin de préserver l’environnement, et encore et surtout le contrôle des armes à feu : «Ils méritent un vote», a lancé Barack Obama en faisant notamment allusion aux parents d’Hadiya Pendleton, cette adolescente tuée à Chicago huit jours après avoir participé comme majorette au délié de son investiture. «Gabby Giffords mérite un vote. Les parents de Newtown méritent un vote. Les parents d’Aurora méritent un vote. Les parents de Tucson méritent un vote», 

Finalement, c’est un discours plus idéaliste que réaliste auquel s’est livré Obama. Les dés sont lancés et l’avenir des politiques du président est entre les mains des membres du Congrès, bien décidés à calmer les ardeurs de la Maison-Blanche. 

A.E

G.I Jane !

Le Secrétaire à la Défense, Leon Panetta a annoncé mardi 22 janvier, sous recommendation du général Martin Dempsey, la levée de l’interdiction datant de 1994, faîte aux femmes de combattre sur les fronts de guerre. En effet, depuis 1994, les 214 098 femmes, soit 14,6% des effectifs de l’armée américaine, n’étaient pas autorisées à servir au combat.

Cette décision fait suite au contexte particulier des guerres en Irak et en Afghanistan, où l’absence de lignes de fronts traditionnelles a permis le déploiement en grand nombre des femmes soldats sur le terrain. Selon les données du Pentagone de février 2012, les femmes représentent 12% des effectifs militaires déployés en Irak et en Afghanistant (soit plus de 280 000 Américaines mobilisées à des postes stratégiques comme le renseignement)

Lors de ces missions de contre-insurrection,  les femmes ont démontré leur capacité au combat, ce qui justifie la décision de Leon Panetta. « The decision comes after a decade of counterinsurgency missions in Iraq and Afghanistan, where women demonstrated hero­ism on battlefields with no front lines« .

De plus, selon un récent sondage mené par l’institut Gallup , l’opinion publique est largement favorable à cette mesure, aussi bien les femmes (76%), que les hommes (70%). 

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Cette initiative qui sera pleinement effective d’ici 2016, permettra à de nombreuses femmes d’accéder à divers postes hauts gradés, qui leur étaient, jusque-là fermés,  en raison de leur inexpérience au front.

A.E

Inauguration day !

Lundi 21 janvier se déroulait devant le Capitole, la 57è cérémonie d’investiture présidentielle marquant ainsi le début du second mandat du président Obama. Les discours tenus à cette occasion peuvent souvent être décevants et donner l’impression de trainer en longueur. Avec une côte de confiance des plus moyenne (51%) et deux fois moins de personnes qui se sont déplacées pour venir  assister à l’évènement (800 000 cette année contre 2 000 000 il y a quatre ans), on pouvait s’attendre à un discours timoré visant la réconciliation partisane.

Bien au contraire, dans son allocution d’une vingtaine de minutes Barack Obama donne le ton. Il n’hésite pas à aller de l’avant sur des mesures qui sont pourtant, loin d’êtres populaires. Au menu, libéralisme et progressisme comme ligne directrice de la politique de ce second mandat.

Pour éviter les contestations, Obama n’oublie pas de faire référence à de nombreuses reprises, aux principes fondateurs de l’exceptionnalisme américain enchâssés dans la Déclaration d’Indépendance et la Constitution. Pour insister sur l’esprit d’unité de la nation, Obama ne cesse d’emprunter la célèbre formule « We, the people » de la Constitution des États-Unis. En ce jour d’hommage national à Martin Luther King, le président a évoqué les valeurs chères aux Américains, en mettant l’accent sur  la liberté et l’égalité.

Il a affirmé et soutenu les priorités de l’administration à savoir, l’économie, le contrôle des armes à feu, la réforme de l’immigration, le déficit fiscal, et tout particulièrement le mariage homosexuel. En effet, il a annoncé que l’épopée américaine ne serait achevée sans une égalité parfaite entre tous. C’est la première fois qu’un président américain évoque les droits des homosexuels dans un discours inaugural. Il a également réaffirmé sa volonté de réformer l’immigration afin que l’Amérique redevienne le « Land of opportunities »

«Notre épopée ne sera pas complète tant et aussi longtemps que nous n’aurons pas trouvé une meilleure façon d’accueillir les immigrants ambitieux et pleins d’espoir qui voient toujours l’Amérique comme une terre d’opportunité.»

Cependant, Obama demeure conscient que l’avenir de ses politiques dépend pour beaucoup du Congrès. Mais, n’ayant pas de troisième mandat à convoiter, il usera de stratagèmes pour sensibiliser l’opinion publique et, ainsi influencer les membres du Congrès. Par le biais du groupe de pression « Organizing for Action » mis en place par son staff de campagne, Barack Obama tentera de convaincre la population du bien fondé de ses politiques, tout en essayant de surmonter l’opposition républicaine.

En d’autres termes, les dés sont lancés et Obama appelle la population à se mobiliser afin que ce second mandat ne soit pas synonyme d’accident de parcours.


A.E

De l’élection historique à l’élection symbolique !

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Après une longue et coûteuse campagne, Barack Obama remporte, la présidentielle Américaine, face à Mitt Romney. Cette élection que les médias et les instituts de sondage annonçaient des plus serrée depuis plusieurs mois a finalement conforté le président en exercice avec une avance plus que confortable : 332 contre 206 votes au collège électoral et un écart de plus de trois millions de voix au vote populaire avec 50,4% contre 48,1%.

Loin de l’enthousiasme et de l’engouement qu’à suscité l’élection du premier président afro-américain en 2008, celle de 2012 n’en revêt pas moins une dimension symbolique, et ce pour plusieurs raisons.

Obama défie la règle des 7.2%

Avant la date fatidique du 6 novembre dernier, les experts des élections américaines évoquaient, une probable défaite du président sortant en raison du climat économique morose. En effet, depuis Franklin Delano Roosevelt, aucun président n’a été réélu lorsque le taux de chômage dépassait les 7.2%. C’est ce chiffre fatidique qui a été le cheval de bataille des Républicains durant cette campagne.

Pour Julien Tourreille (directeur adjoint de l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand de l’UQAM) ce chiffre symbolique est utilisé à mauvais escient et doit être interprété en fonction du contexte électoral. Les électeurs sont conscients que Barack Obama a hérité d’une situation désastreuse attribuable en grande partie à l’administration précédente. Même si les indicateurs économiques et notamment le taux de chômage (7.9%) demeurent à des niveaux symboliquement élevés, pour les Américains le pays se trouve dans une situation plus favorable qu’il y a quatre ans. La santé économique du pays s’améliore, et c’est cet indicateur qui fut déterminant. Avec entre autres plus de 170 000 emplois créés et un taux de chômage se maintenant sous la barre des 8%, l’indice de confiance de la population envers son président a atteint son plus haut niveau depuis 2008.

Malgré un bilan mitigé, les Américains ont voté cette fois-ci en faveur des politiques d’Obama jugées plus à même de répondre plus efficacement aux défis que le pays doit relever.

20 femmes au Sénat, légalisation de la marijuana, et mariage homosexuel

Voilà autant d’enjeux qui étaient également à surveiller le 6 novembre dernier. A défaut de remporter la présidence, le GOP a conservé sa majorité à la Chambre des représentants avec (233-194). Le Sénat quant à lui, est resté à majorité démocrate avec (54-45 et un indépendant). Cette élection revêt également une dimension symbolique, avec notamment la nomination de 20 femmes au Sénat, dont la première ouvertement homosexuelle, Tammy Baldwin (Wisconsin), et la défaite de deux sénateurs Todd Atkin (Missouri) et Richard Mourdock (Indiana) qui ont tenu des propos controversés sur le viol.

Même si la configuration du Congrès reste quasiment inchangée, il est fort probable que le GOP sera plus enclin au compromis. La défaite de Mitt Romney a démontré les faiblesses du parti et faire preuve d’ouverture politique pourrait être payant dans les urnes, en 2014 et 2016. D’autant plus que le président ne pouvant plus se représenter, risque d’adopter une position plus ferme vis-à-vis du Congrès et n’hésitera pas en cas d’obstruction, d’en dénoncer l’immobilisme.

174 référendums étaient également à l’ordre du jour dans 38 États. Trois thèmes en particulier ont retenu l’attention. Le Maine, le Maryland et l’État de Washington ont légalisé le mariage homosexuel, portant désormais à neuf le nombre d’États l’autorisant. Selon un article du Washington Post, c’est une grande victoire, car les changements sur les questions morales sont assez lents aux États-Unis. Il y a seulement quatre ans, 55% des Américains s’opposaient au mariage homosexuel, alors qu’aujourd’hui, 54%  sont en faveur. Cette tendance tend à se maintenir dans les prochaines années.

De plus, le Colorado et l’État de Washington ont légalisé la consommation et la possession de marijuana à des fins récréatives. En Floride, les électeurs ont rejeté une proposition qui visait à interdire l’affectation de fonds publics au financement de l’avortement (sauf en cas de viol, d’inceste ou de danger pour la vie de la mère) rappelant que le fédéral n’a pas à intervenir dans un domaine privé résultant d’un choix des femmes.


More Forward Than Backward

L’issue de cette élection démontre que l’Amérique n’est pas aussi polarisée qu’on ne le croit. La victoire confortable d’Obama prouve que le parti républicain est en crise et que les électeurs ne se reconnaissent pas dans les discours ultraconservateurs. Le mouvement du Tea Party qui a pris son essor avec l’élection d’Obama, et qui a remporté plusieurs sièges à la Chambre des représentants aux élections de mi-mandat de 2010, a radicalisé le GOP créant des dissensions qui lui sont aujourd’hui fatales. Le soap électoral des primaires républicaines, a révélé ces faiblesses. Les candidats les plus conservateurs ont engendré la radicalisation des discours de campagne, forçant Romney le modéré, à se positionner très à droite de l’échiquier politique entrainant la méfiance des électeurs.

Le parti républicain se trouve désormais plus éloigné que jamais des attentes d’une portion toujours plus importante de la population américaine (les minorités ethniques, les femmes et les jeunes).  Cette partie de l’électorat est déterminante pour remporter la Maison-Blanche, et les chiffres en témoignent.  Selon un article parut dans Politico, Obama a récolté 71%  du vote Hispanique (qui représentent 10% des électeurs), et 93% du vote Afro-Américain, 60% du vote des jeunes (19% des électeurs) et 55% du vote des femmes (55%).

Dès lors, le parti doit se contraindre à une réflexion urgente quant à son avenir et à son positionnement idéologique, s’il souhaite remporter la Maison-Blanche en 2016. La base du GOP est constituée en majeure partie d’hommes blancs hétérosexuels âgés de 65 ans et plus. Or cette partie de l’électorat décroit au profit des minorités, des jeunes et des femmes.

Mais, restons prudents, la victoire d’Obama s’explique également par la faiblesse de la candidature de son adversaire, qui a eu énormément de difficultés durant les primaires républicaines à s’imposer, et à faire consensus auprès de la base la plus conservatrice du parti. En conservant un Congrès divisé, les électeurs ont exprimé leurs réserves vis-à-vis des politiques de la Maison-Blanche.

A.E

La politique étrangère : donnée insignifiante dans la course à la présidence ?

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Mercredi 17 octobre des experts de la Chaire Raoul-Dandurand, lors de la conférence intitulée « Et le monde dans tout cela ? 2012 et la politique étrangère américaine » ont évoqué la place de la politique étrangère lors des élections présidentielles américaine.Question essentielle à l’aube du troisième débat entre les candidats à la présidence.

Joane Arcand, journaliste et animatrice de l’émission Dimanche Magazine sur Radio-Canada, a animé la conférence. Elle rappelle à juste titre que depuis le début de cette campagne, c’est l’économie qui semble être déterminante pour les Américains, et non les questions de politique étrangère.

Pour Karine Prémont, chercheuse à l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurant, il est vrai que la politique étrangère occupe la seconde place dans les élections présidentielles. D’ailleurs elle ne représente que 4% des pubs de campagne. Elle est rarement un facteur déterminant pour l’issue des votes. Cela s’explique notamment par le fait que, les individus pensent ne pas détenir suffisamment de compétences en la matière pour pouvoir se positionner sur ces enjeux. Ils se désintéressent de ces questions au profit de la politique intérieure, qui les touche plus directement.

Cependant, Karine Prémont rappelle que, même si la politique étrangère détermine rarement l’issue d’une élection elle peut toutefois coûter la réélection d’un président en exercice comme ce fut le cas pour  Carter avec la crise des otages en Iran en 1980.

Depuis l’avènement des médias de masse comme la télévision, la politique étrangère occupe une plus de place plus importante lors des campagnes présidentielles. On se souviendra notamment de la Baie des Cochons, et la crise des missiles sous Kennedy; de la publicité de campagne de Lyndon Johnson  Daisy, et la peur d’une guerre nucléaire. Finalement, la place de la politique étrangère sur la scène nationale américaine dépend surtout de la présence ou non d’un sentiment de menace et d’insécurité auprès de la population. En 2004 le traumatisme du 11 septembre était encore palpable, permettant à la fois la réélection de Bush, mais en même temps de justifier l’augmentation du budget de la défense.

Finalement, Karine Prémont précise que lors d’une élection serrée, tous les éléments d’une campagne ont de l’importance. Les questions de politiques étrangères se révèlent particulièrement déterminantes lorsqu’il s’agit d’évaluer le leadership des candidats, d’autant plus si ils présentent des opinions radicalement opposées en ce qui concernent les affaires étrangères.

Le rôle des médias est déterminant. On parle beaucoup des débats mais on oublie la couverture médiatique. 80% des Américains ne sont pas trop touchés par les campagnes publicitaires des candidats, qui sont concentrées uniquement dans les États pivots. 30% des Américains n’ont pas une vision claire des intentions de Romney en politique étrangère, ce qui est énorme. La couverture médiatique est d’une importance capitale, puisque c’est à partir de l’analyse des journalistes que les gens s’informent.

Tout comme Karine Prémont, Julien Tourreille (directeur adjoint de l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand) affirme que la politique étrangère joue un rôle second dans cette course à la présidence. Mais, cela reste relativement inhabituel dans l’histoire des États-Unis. En effet, l’engagement de Clinton dans les Balkans fut un argument de campagne pour George W Bush. En 2004 et 2008, l’Irak occupa une position déterminante dans les élections. La position de Barack Obama en 2008, aurait pu miner considérablement sa candidature.

En ce qui concerne 2012, Julien Tourreille relève trois facteurs majeurs qui peuvent expliquer cette seconde place. Tout d’abord, les Américains se préoccupent d’avantage des questions économiques. Selon un sondage mené par GALLUP en juillet 2012 la politique étrangère était un enjeu déterminant pour seulement 7% des Américains, pourcentage qui descend à 4% pour le mois d’août. Alors qu’en 2008 ce même pourcentage atteignait les 25%.

Ensuite, on constate un regain du nationalisme, tendance naturelle aux États-Unis. Les guerres en Afghanistan et en Irak, bourbier depuis plus d’une décennie y sont certainement pour beaucoup. Aujourd’hui, 48% des Américains pensent que les États-Unis devraient se retirer des affaires étrangères. De plus en plus de Républicains prônent un retour à l’isolationnisme, comme l’ex candidat à l’investiture républicaine, Ron Paul.

Et enfin, le manque de crédibilité du ticket républicain. On se rappelle des gaffes de Paul Ryan sur l’Afghanistan et de Romney sur la Libye.

Finalement, même si les enjeux de politique étrangère ne sont pas au coeur de la campagne présidentielle, ils peuvent néanmoins avoir une influence sur l’issue du vote le 6 novembre prochain. Les positions défendues par les candidats sur ces questions nous en apprennent sur leurs traits de caractère, critère déterminant pour la course à la Maison-Blanche. L’électorat cherchent à déterminer si les candidats sont capables de prendre des décisions éclairées, de faire preuve de jugement en période de crise.

Pour Louis Balthazar (co-président de l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand) si les enjeux de politique étrangère sont secondaires aux États-Unis, ils sont déterminants pour le reste du monde. Il s’agit de savoir comment les États-Unis tiendront compte de l’évolution du monde pour les quatre prochaines années.

La politique étrangère américaine est une grosse machine et ne se modifie pas si facilement. C’est pour cette raison que finalement les positions de Mitt Romney et de Barack Obama sur la question ne sont pas si différentes. Des deux côtés il n’y a pas d’intention de guerres. Alors qu’entre Obama et Bush  les visions entre les deux hommes étaient radicalement différentes.

Barack Obama a insufflé un nouvel esprit en politique étrangère. Plus que des paroles, c’est véritablement une prise de conscience de ce qu’est le monde. Sa démarche s’inscrit dans un souci d’équilibre en matière de politique étrangère. Il perçoit la complexité du monde et il est conscient que les États-Unis sont une puissance en déclin. A cet effet, on se rappelle de la déclaration historique du Caire en juin 2009, où pour la première fois les Etats-Unis reconnaissent, leur erreurs, en admettant avoir joué un rôle dans la chute du régime démocratiquement élu en Irak.

Mitt Romney dans l’expression de la politique étrangère ne renoncera pas à l’exceptionnalisme, et ne fera pas preuve d’un leadership discret pour tourner en dérision le leadership from behind. Si Obama est réélu, il ne semble pas y avoir de changements majeurs. En effet, lors du second mandat, les présidents pensent à marquer l’histoire. Il poursuivra sa politique étrangère probablement dans le même esprit. En revanche, Romney utilisera très certainement la puissance des Etats-Unis pour faire l’histoire.

Charles-Philippe David (titulaire de la Chaire Raoul-Dandurand, et professeur de science politique à l’UQAM) rappelle que l’écart  dans les sondages entre les deux hommes est assez stable depuis huit mois, soit environ 10%. C’est évident que les questions de politique étrangère servent à jauger le leadership des candidats. Deux critères sont déterminants pour évaluer la personnalité des candidats. Le facteur bière, permet de choisir qui fera un bon commandant en chef, qui sera capable de bien maîtriser le pays en cas de crise. En cela la mort de Ben Laden joue un rôle déterminant. Désormais, Barack Obama fait en sorte qu’une attaque terroriste est moins évidente. Lors de son discours à West Point en 2009, Obama a donné un nouvel élan à la politique étrangère. Il s’est engagé à sauver ce qui est à sauver et il a promis le retrait de l’Afghanistan d’ici 2014. Barack Obama est convaincu qu’il est un bon commandant en chef et qu’il a rempli les principaux objectifs de sa politique étrangère. Il est le président qui rassure. Il y a aussi une fatigue de la guerre aux Etats-Unis et avec Obama on n’a pas d’inquiétude quant à l’éventualité d’une nouvelle guerre. La faiblesse de son adversaire dans ce domaine est un atout pour sa réélection.

En ce qui concerne le style et le ton, Obama bénéficie d’une grande compréhension et une vision intelligente du monde, par rapport aux républicains Cependant certaines promesses n’ont pas été tenues, comme par exemple la fermeture de Guantánamo, et c’est un élément qui a déçu les électeurs. Souvent on le résume à « More hope than change ».

Sami Aoun (directeur de l’Observatoire sur le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord de la Chaire Raoul-Dandurand) revient sur les raisons pour lesquelles la politique d’Obama au Moyen-Orient est autant critiquée. Selon lui, les évènements au Moyen-Orient illustrent la complexité du monde. La doctrine d’Obama basée sur la diplomatie mène dans une impasse.

Le Moyen-Orient perd de son intérêt pour les États-Unis au profit de l’Asie. Le printemps arabe s’est transformé en printemps islamique. Dès lors, Obama se révèle moins enclin à aider à la démocratisation de la région. Il y a une certaine impuissance provocatrice et provocante. Les peuples du Moyen-Orient voient dans le soft-power américain une non volonté d’intervention. Le retrait des États-Unis dans la région fait que l’Iran a pris la place.

Finalement, pour Obama la situation au Moyen-Orient peut se résumer selon Louis Balthazar à « Damn if you do, damn if you don’t ».  Il n’y a pas de recette miracle pour stabiliser la région et ses prédécesseurs en ont fait les frais. Romney devrait donc adopter une attitude prudente vis-à-vis du Moyen-Orient, évitant de rompre radicalement avec la doctrine Obama.

***

Au lendemain du troisième débat du 22 octobre, les experts reviennent sur les moments forts qui ont marqué cette soirée.

Pour Julien Tourreille, la stratégie électorale de Barack Obama est orientée sur son bilan et non sur un programme futur. Durant ce débat, il a mis l’accent sur le fait que jusqu’à présent son approche en politique étrangère a fonctionné. En ce qui concerne le dossier iranien, il a affirmé vouloir renforcer les sanctions économiques, afin de pousser l’Iran à la table des négociations. Finalement on ne relève pas de différences fondamentales sur le fond entre les deux candidats. Pas de troisième guerre mondiale à l’horizon ! Dès lors on peut affirmer que la victoire d’Obama est plus une victoire de style que de fond. Il était plus offensif et incisif que son challenger, se positionnant comme le commandant en chef du pays.

Elisabeth Vallet (chercheuse à l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand) rappelle à juste titre que, malgré la victoire d’Obama lors de ce dernier débat, les démocrates n’ont pas été convaincus par la prestation du président, et craignent pour le 6 novembre. Même si 51% d’entre eux pensent qu’il a quand même dominé, il ressort que ce qui compte c’est l’économie. Or, lors du premier débat sur les questions de politique intérieure, Romney s’est clairement affirmé.  Plus que le débat en lui-même c’est surtout le debriefing  des médias qui a le plus d’impact. Les électeurs se fieront aux analyses des journalistes pour se forger une opinion sur les candidats. Rien n’est encore joué et Obama doit motiver son équipe de campagne afin de mobiliser le vote, et surtout celui des minorités comme les Afro-Américains. Même si la communauté noire a majoritairement votée pour Obama en 2008 (plus de 95%), portée très certainement par l’enthousiasme du fameux « Yes we can », il va être très difficile, voire impossible de renouveler cet exploit cette année. Non seulement les Afro-Américains votent peu, mais beaucoup ont été déçus des politiques d’Obama ce qui risque de se ressentir dans les urnes par un taux d’abstention très élevé.

Ce que l’on peut retenir de ce dernier débat c’est qu’il n’y a pas une vision radicalement différente entre les deux hommes concernant les questions de politique étrangère. Même si Obama a dominé le débat, son expérience lui a permis d’être à l’aise et de ne pas se laisser déstabiliser par son adversaire, Mitt Romney est resté prudent, il n’a fait aucune gaffe. Il a clairement affirmé son objectif: un monde en paix. Il ne s’écarte pas vraiment de la politique d’Obama. Ce qui était particulièrement frappant lors de ce débat, c’est qu’il était question de gagner les États clefs et notamment l’Ohio, peu concerné par les enjeux de politique étrangère. Ainsi, les candidats (surtout Mitt Romney) n’ont cessé de revenir sur les questions économiques dès que l’occasion se présentait.

Pour aller plus loin et surtout plus en profondeur sur les analyses des experts cités dans ce billet je vous invite à consulter la page consacrée aux élections de l’UQAM en partenariat avec la Chaire Raoul-Dandurand. Vous trouverez le lien ici.

A.E

Votre guide électoral 2012: Candidats, enjeux, Etats clés et courses à surveiller

Mercredi 26 septembre se tenait à l’auberge Saint-Gabriel dans le vieux-port, la première conférence de la série « Election 2012: l’affrontement Obama » organisée par l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand.

David Lublin professeur à l’American University à Washington DC, et John Parisella ex délégué général du Québec à New York nous exposent les mécanismes du système électoral américain. Ils se risquent même à des pronostics quant à l’issue de l’élection du 6 novembre prochain.

Selon les estimations du 26 septembre, Barack Obama obtiendrait 247 délégués contre 191 pour Mitt Romney. Le président serait également en bonne voie pour remporter l’ensemble des États clés grâce à la règle du winner-take-all, en vigueur dans un grand nombre de ces États. Seule la Caroline du Nord est donnée de facto favorable au candidat républicain.

Mais comme le précise John Parisella, rien n’est joué tant que la date fatidique de l’élection ne scelle les résultats. En effet, cette élection semble vouloir défier la règle de l’élection statistique. Même si aucun président n’a jamais été réélu lorsque le taux de chômage dépassait les 7,2%, les électeurs restent plus enclin à accorder leur confiance dans l’actuel locataire de la Maison-Blanche qu’à son challenger, en ce qui concerne la relance de l’économie et la création d’emplois. Toutefois le bilan des quatre années d’Obama est mitigé et il devra, si il est réélu, faire ses preuves dans le second mandat et marquer l’histoire.

Les Américains regardent au-delà des enjeux, et s’attardent sur la personnalité des candidats. A l’heure actuelle, Barack Obama apparaît comme plus sympathique et charismatique que son adversaire. C’est un problème de taille auquel doit s’attaquer Romney qui, à l’aube de l’élection laisse planer le mystère. Qui est le véritable Mitt Romney? Or, les électeurs n’aiment pas rester dans le flou. Ils veulent un leader envers qui ils peuvent s’identifier. Les débats à venir ne semblent pas bouleverser la donne actuelle. Il n’y a pas d’Home Run prévu de la part de Mitt Romney. Ce que confirme David Lublin, en précisant qu’habituellement les débats ne changent rien à l’issue du vote.

Frédérick Gagnon (professeur au département de science politique de l’UQAM et directeur de l’Observatoire sur les Etats-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand) revient sur les fameuses données du taux de chômage rappelant qu’aucun président n’a été réélu lorsque le taux de chômage dépasse les 7,2%. Mais il semble que ce soit différent pour Barack Obama. La question sous-jacente est de savoir si la convention démocrate a joué un rôle majeur dans ce phénomène.

David Lublin souligne que le problème de Romney en ce qui concerne l’économie est l’absence d’alternatives crédibles. Il se contente de critiquer les politiques de l’administration Obama, qu’il jugent inefficaces et onéreuses, sans proposer de programme concret. Obama répond à cette attaque par sa devise Forward. Même si son bilan économique n’est pas à la hauteur des promesses de 2008, le pays se trouve dans une meilleure posture que lors de son investiture. « Four more years » sont indispensables pour espérer aller au bout des politiques entreprises depuis le début de son mandat.

Pour John Parisella cette fameuse donnée du 7,2% est un mythe crée par les médias. Loin d’être un indicateur fixe, c’est au contraire un élément très relatif. Lorsque Clinton a brigué en 1996 un deuxième mandat, le contexte économique était morose. La relance du pays n’était envisageable que sur le long terme. Les électeurs conscients de cet enjeu ont malgré tout accordé leur confiance au président. Or, là où le bas blesse pour Mitt Romney c’est qu’il propose les mêmes politiques menées par George W Bush. Ces mêmes politiques qui sont à l’origine du marasme actuel, ce qui n’échappe pas aux électeurs.

L’issue des débats et la surprise d’octobre (si surprise il y a ! ) feront peut-être basculer la tendance actuelle. La campagne perdure jusqu’au 6 novembre.

A.E

« La démocratie américaine est-elle malade? »

La librairie « Le Port de tête » accueillait, mardi 25 septembre, le premier d’une longue série d’évènements organisés par la Chaire Raoul-Dandurand concernant les élections américaines. C’est autour d’une discussion animée par François Lemay (chroniqueur et animateur chez Radio-Canada) que les auteures Elisabeth Vallet et Karine Prémont nous ont chacune présenté leur nouvel ouvrage.

Lors de cette discussion articulée à partir, d’une question des plus pertinente en cette veille d’élection « La démocratie américaine est-elle malade » Elisabeth Vallet et Karine Prémont nous éclaire sur les rouages du système électoral américain, et plus largement sur les particularismes du modèle démocratique du pays de l’Oncle Sam. Deux concepts plutôt difficiles à saisir.

Capture d’écran 2015-02-26 à 11.49.53Elisabeth Vallet détient un doctorat de l’Université Pierre-Mendès France à Grenoble et un postdoctorat du Centre de recherche en droit public de l’Université de Montréal. Elle enseigne la géopolitique à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) en plus d’être membre de l’observatoire sur les Etats-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand). Son ouvrage Comprendre les élections américaines : la course à la Maison-Blanche est un guide très complet et accessible du système électoral américain, qui après lecture n’aura plus de secret pour vous.

Capture d’écran 2015-02-26 à 11.52.53 Karine Prémont est professeure au Collège André-Grasset et titulaire d’un doctorat en science politique. Elle est également chercheuse à l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand de l’UQAM. Son ouvrage Les secrets de la Maison-Blanche : l’impact des fuites d’informations confidentielles sur la politique étrangère des Etats-Unis permet de mieux saisir les transformations du leadership présidentielle en matière de politique étrangère depuis l’avènement des médias de masse.

Alors quels sont les éléments clefs à retenir de cette discussion ? (Ce compte-rendu n’est pas une retranscription mots pour mots, mais une reformulation et une interprétation personnelle du contenu de la conversation).

« La démocratie américaine est-elle malade ? »

François Lemay : La Constitution des États-Unis semble être un texte immuable qui définit entre autres, les pouvoirs du président. Alors pourquoi une telle évolution dans les prérogatives présidentielles ?

Elisabeth Vallet : A l’origine, les États-Unis c’est une confédération d’États souverains (treize exactement) qui ont élaboré ensemble un système collégial de gouvernance par le biais d’un congrès. Or les problèmes organisationnels et la diffusion du pouvoir affectèrent la gestion politique de la Confédération conduisant à sa perte, au profit d’un gouvernement plus centralisé. Les pères fondateurs de la Constitution américaine de 1789 s’entendent sur la nécessité de désigner un président, un chef de gouvernement symbolisant l’unité du pays. Mais, la peur de la monarchie et de la tyrannie (vieilles blessures du passé) incite les rédacteurs de la Constitution à établir un système de poids et contre poids les fameux checks and balances, afin d’éviter tout abus de pouvoir de l’une des trois branches de gouvernance. Cependant,  l’article 1 de la Constitution sera consacré à l’établissement des prérogatives du Congrès (pouvoir législatif) qui détient une ascendance certaine sur les deux autres pouvoirs. On parle d’ailleurs d’un gouvernement du Congrès. Mais la Seconde Guerre mondiale et l’arme nucléaire vont changer la donne. Le président devient plus puissant sous Franklin Delano Roosevelt (FDR). Alors qu’avant cette date être président était une « corvée ».

FL : Karine, est-ce que depuis l’ère Kennedy on peut dire que l’on juge la qualité d’une administration en fonction du nombre de fuites connues de l’opinion publique ?

Karine Prémont : Les fuites révèlent surtout un problème de contrôle de l’équipe du président. Elles démontrent les chicanes existantes. Ce n’est pas tant le nombre, mais la nature des fuites qui est importante. Il y a deux sortes de fuites. Les fuites de contestation qui servent à modifier des politiques, mais en général elles sont peu efficaces. Et les fuites contrôlées par la Maison-Blanche qui servent à déterminer jusqu’où on peut aller dans une politique. Pour évaluer, discuter une décision peu populaire.

FL : Si le président a besoin d’utiliser les fuites pour agir sur le Congrès, a-t-il vraiment le contrôle de son pays ?

EV : Non. Il est un parmi beaucoup dans le processus décisionnel. Il y a également un équilibre des pouvoirs au sein de la Maison-Blanche. C’est ce qui est au fondement même de la démocratie américaine : l’équilibre à la fois entre, mais également à l’intérieur des pouvoirs.

FL : Peut-on résumer le processus démocratique aux États-Unis en disant pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?

EV: Oui et non. C’est une erreur de voir les États-Unis comme une entité unitaire. Pour mieux comprendre, on peut effectuer une comparaison avec l’Union européenne. Selon les États, le système juridique est différent. Il existe également beaucoup de mouvements indépendantistes qui créent des distorsions, car chaque État se voit comme un État à part entière qui possède son propre modèle électoral, et sa propre constitution. Il ne faut pas oublier que la philosophie première de la Constitution c’est de créer une confédération et non un État unitaire.

FL : On a souvent entendu parler de scandales consécutifs à des fuites. Quels en sont les impacts sur la politique américaine ?

KP : Il y a des fuites qui fonctionnent, mais c’est rare. Dans le cas du Watergate c’est le résultat d’une présidence branlante affectée par de nombreuses discordances. Ces problèmes internes favorisent les fuites comme signe de contestation. Dans ce cas, on déborde du cadre de la légalité. Les limites ont été franchies ce qui a conduit à la démission du président Nixon. Lorsqu’il y a trop de fuites, c’est impossible à colmater.

Pour ce qui est de la crise de la Baie des Cochons sous Kennedy, les journalistes et l’URSS connaissaient la date du débarquement. Castro était également dans la confidence et attendait les Américains. Cet épisode s’est terminé par un fiasco total. Il y eut beaucoup de morts et de prisonniers américains lors du débarquement. On peut dire que la cause de cette débâcle c’est une décision non assumée de la part de JFK concernant une opération préparée sous l’administration précédente Eisenhower.

Dans le cadre de Wikileaks, les fuites n’ont pas eu l’effet escompté. Certes, elles ont provoqué l’embarras d’Obama sans pour autant créer le buzz politique. Le nombre de fuites était impressionnant, mais la qualité de l’information était minime. Il n’y a finalement pas eu de gros scandale politique. C’est l’accumulation des fuites qui a fait mouche.

FL : Les Etats-Unis sont un ensemble d’États différents, mais pourquoi le gouvernement n’envisage-t-il pas d’imposer un seul système électoral uniforme?

EV : Beaucoup sont contre le gouvernement central il est donc difficile d’imposer un modèle national. Les Etats tiennent à leur indépendance.

FL : Lors des campagnes présidentielles surtout, on parle beaucoup du jeu du financement des campagnes qui permet de faire appel à des services de mécènes en échange d’intérêts, qu’en est-il aujourd’hui?

EV : Avant les contributions étaient réglementées. Mais avec la crise de 2008 et la réduction considérable des dépenses publiques, on est revenu en arrière. En 2010 la Cour Suprême avec l’arrêt Citizens United V. Federal Election Commission permet le financement sans limites des campagnes. Ces Super Pac (Political Action Committee) regroupent des organisations (milliardaires, entreprises, groupes d’intérêt) qui peuvent lever des fonds illimités pour soutenir un candidat.

FL : Karine, pourquoi avoir choisi d’analyser les fuites à partir de Kennedy ?

KP : Tout simplement parce que cette période correspond à l’apparition des médias de masse permettant une diffusion plus large de l’information. A partir e l’ère Kennedy, l’Opinion publique devient une arme politique majeure.

FL: Existe-t -il des cycles particuliers en matière de fuites, des pics?

KP : En fait cela dépend beaucoup de facteurs internes aux pays comme la bonne santé de l’économie, le leadership du président, etc). Cependant, on constate qu’il y a généralement plus de fuites lors du second mandat, car l’opinion publique et l’opposition sont souvent plus lassées. Ce sont des fuites de contestation.

EV :  C’est ce qu’on appelle en effet la malédiction du second mandat où il faut régler ses comptes.

FL : Les primaires sont le passage obligé lors des présidentielles. Mais ce processus de sélection traine en longueur. Peut-on dire finalement que le président est toujours en élection ?

EV : Oui tout à fait. Le président est réellement président lors du second mandat. On peut dire qu’il est en élection constante, car il y a des élections tous les deux ans. Dont une fois sur deux c’est ce qu’on appelle les élections de mi-mandat, qui mobilise surtout l’électorat frustré du gouvernement en place. Très souvent lors de ce scrutin, le parti du président perd des sièges au Congrès et même très souvent perd la majorité dans l’une des deux chambres. Le président peut réellement agir politiquement lorsqu’il a un Congrès favorable.

FL : Le facteur religieux occupe une place importante dans le choix du futur président. Un mormon peut-il être élu ?

KP : C’est difficile à dire. Romney a beaucoup d’éléments qui jouent contre lui. Ceci dit, ce n’est pas tant la religion qui est déterminante, mais le leadership lors des présidentielles. On élit un meneur, qui doit à la fois faire preuve de charisme, mais également être sympathique. C’est ce qu’on appelle le facteur bière : les électeurs voteront pour le candidat avec qui ils iraient prendre une bière, et à l’heure actuelle, Mitt Romney peine à gagner en popularité.

EV: Les chiffres du Pew Research Centre démontrent qu’aux États-Unis il est plus facile d’élire un homme plutôt qu’une femme quelque soit sa religion ou couleur de peau.

FL: Le processus électoral aux Etats-Unis est complexe, à qui sert-il ?

EV: Il y a une passoire informationnelle aux Etats-Unis donc il est difficile de cautionner la théorie du complot d’une telle ampleur.

FL: Depuis les élections de 2010 on parle d’un renforcement de la polarisation de la société, que pouvez-vous nous en dire?

KP : On constate une polarisation plus prononcée de la société américaine, avec un virage à droite accentué par les médias. Mais en même temps, les gens s’informent auprès des médias qui leur sont idéologiquement proche. Ce qui a tendance à renforcer cette idée d’une Amérique divisée en deux..

EV : Depuis les années 1980, l’écart se resserre dans les élections. On constate une diminution des disparités pour les présidentielles. Cependant, l’opinion publique reste plus divisée selon les enjeux (économie, emploi, avortement, mariage homosexuel…). A cela s’ajoute la règle du winner-take-all, véritable distorsion du mode de scrutin qui engendre des disparités sur le plan national. Mais si on regarde les résultats par comtés la carte des Etats-Unis est violette.

A.E

Les Démocrates gagnent cinq points dans les sondages

Capture d’écran 2015-02-26 à 11.57.43

Les Démocrates sont les grands vainqueurs de cette guerre des conventions. En effet, selon un récent sondage de Gallup, Obama a non seulement rattrapé son retard vis-à-vis de Romney au lendemain de la convention républicaine, mais le devance désormais de cinq points dans les intentions de vote (49%-44%).

Après un bilan plutôt mitigé de la convention républicaine, les Démocrates sortent avec brio leur épingle du jeu. Ce succès est en grande partie dû au discours de plus de 48 minutes de Bill Clinton, qui a su convaincre son auditoire de la réalité socio-économique du pays et du bilan de Barack Obama.

Même Mitt Romney a reconnu que cette allocution avait rehaussé le niveau de la convention. Il a su taper là où ça fait mal, notamment en évoquant l’économie et l’emploi : « Well since 1961, the Republicans have held the White House 28 years, the Democrats 24. In those 52 years, our economy produced 66 million private sector jobs. What’s the jobs score? Republicans 24 million, Democrats 42 million! ». Mais notamment en pointant du doigt le refus de la majorité républicaine actuelle à la Chambre de collaborer avec les Démocrates renforçant ainsi la paralysie législative: « When times are tough, constant conflict may be good politics but in the real world, cooperation works better. After all, nobody’s right all the time, and a broken clock is right twice a day. All of us are destined to live our lives between those two extremes. Unfortunately, the faction that now dominates the Republican Party doesn’t see it that way. They think government is the enemy, and compromise is weakness. »

L’ancien président a donc fait de l’ombre à l’actuel occupant de la Maison-Blanche qui s’est exprimé dix minutes de moins que son prédécesseur. Tout comme celui de Romney, le discours d’Obama manquait cruellement de reliefs. Il s’est contenté de rappeler les fossés existants entre la vision républicaine et démocrate des enjeux comme l’économie et l’emploi sans rien annoncer de concret. Finalement, s’il n’y avait pas eu Bill Clinton pour sauver le président, Obama se trouverait très certainement dans une position fort inconfortable aujourd’hui, avec pour le mois d’août le taux de chômage le plus élevé de sa présidence 8,1%. Or, on sait que c’est un chiffre clef aux États-Unis dans la course à la présidence.

Le triomphe de Clinton est un coup dur pour le GOP dont le discours de l’invité mystère (Clint Eastwood) a plus marqué les esprits pour sa confusion et pour l’épisode de la chaise vide, que pour sa pertinence politique. De plus, Clinton demeure encore aujourd’hui, un président très apprécié par l’ensemble des Américains et notamment pour sa gestion de l’économie. Les Républicains n’ont pu faire appel au président George W Bush, persona non grata.

Les débats entre les deux candidats prévus les 3-16 et 22 octobre permettront de confirmer ou non la tendance actuelle dans les sondages.

A.E