Capture d’écran 2015-02-26 à 11.26.53 Alors même que ses intentions pour 2016 ne sont pas encore connues du public, Hillary Clinton est pourtant pressentie comme la candidate favorite du Parti démocrate.

La couverture du Time du 27 janvier dernier titrait «Can Anyone Stop Hillary ?». Son parcours particulier, où vie privée et vie publique ont rarement été dissociées, renforce le sentiment de promiscuité et de confiance des Américains, qui pourraient appuyer massivement sa candidature.

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Après huit années en tant que First Lady, elle a remarquablement mené sa propre course en 2008. Son expérience politique comme sénatrice de l’État de New York, puis secrétaire d’État durant le premier mandat d’Obama, fait d’elle une personnalité inévitable.

Comme le souligne David Von Drehle, Clinton réunit tous les ingrédients (une réputation unanimement reconnue, de fervents partisans, un réseau de puissants mécènes et de nombreux conseillers) pour incarner la candidate idéale.

Sa candidature permettrait aux démocrates de consolider leur base auprès de l’électorat féminin, qui demeure un des talons d’Achille du Parti républicain, dont les représentants les plus conservateurs s’inscrivent dans une rhétorique ouvertement sexiste, avec notamment leur opposition féroce au droit à l’avortement.

Le super PAC (pour Political Action Committee — comité d’action politique) Ready for Hillary, qui investit activement dans l’hypothétique campagne, a dévoilé dans son site internet une nouvelle vidéo présentant Hillary Clinton comme une icône et soulignant son engagement personnel dans la promotion des femmes en politique.

Forte de son expérience en tant que secrétaire d’État, Clinton détient désormais les arguments nécessaires pour faire taire ses adversaires en 2008 qui remettaient en doute ses capacités de commandant en chef.

Cependant, son refus de prendre le contrôle du processus de campagne actuellement en cours nous laisse perplexe quant à la stratégie visée par l’intéressée.

En outre, le silence dans lequel se complait Clinton permet aux républicains de s’inscrire dès à présent dans une stratégie offensive.

La «candidate inévitable» : bonne ou mauvaise stratégie ?

Les deux principaux supers PAC qui appuient actuellement sa candidature, Ready for Hillary et Priorities USA (qui était derrière Obama en 2012), sont des outils indispensables à la préservation des soutiens financiers des candidats potentiels.

Par contre, selon certains stratèges de l’équipe de campagne d’Obama, Clinton est en train de répéter les mêmes erreurs qu’en 2008 en privilégiant la machine électorale au détriment du message politique.

En s’imposant comme la «candidate inévitable» du Parti démocrate, elle pourrait, d’ici les prochains mois, se retrouver dans une situation fort inconfortable. En effet, l’émergence d’outsiders au sein même du parti risque de détourner l’attention des médias.

Cette stratégie pourrait également compromettre l’appui financier de certains donateurs, qui oseraient lui préférer un candidat plus audacieux.

L’offensive des républicains

Pour contrer le phénomène Clinton, un super PAC républicain, America Rising, a entamé une campagne de discrédit contre la potentielle favorite chez les démocrates. Durant les six derniers mois de 2013, l’organisation a récolté plus de 450 000 dollars.

Les candidats républicains se sentent menacés par la candidature de l’ex-première dame et s’inscrivent déjà dans une stratégie offensive.

Le site conservateur The Washington Free Beacon a obtenu et publié ce qu’il appelle les «Hillary Papers» : des comptes rendus de conversations entre Hillary Clinton et son amie Diane Blair, décédée en 2000.

Dans ces 40 pages d’archives, on retrouve notamment une Hillary qualifiée parfois d’impitoyable, agacée par l’arène politique de Washington.

Parmi les sujets évoqués, les mémoires de Diane Blair révèlent notamment la virulence des propos tenus par l’ancienne première dame à l’encontre de Monica Lewinsky, qu’elle qualifie d’«érotomane narcissique».

Le candidat républicain Rand Paul en a profité pour accuser l’ancien président de «prédateur sexuel», dénonçant l’hypocrisie des démocrates qui s’estiment les défenseurs de l’égalité homme-femme.

Selon Maureen Dowd, du New York Times, les déclarations acerbes d’Hillary Clinton vis-à-vis de Monica Lewinsky sont assimilables à ceux tenus par le juge ultraconservateur de la Cour Suprême Clarence Thomas lors de l’affaire Anita Hill. Par ailleurs, Reince Priebus, le président du Comité national républicain, a lancé les hostilités en affirmant qu’en cas de victoire de Clinton aux primaires démocrates, de nombreux dossiers referont surface (on pense notamment à l’attentat de Benghazi en Libye) .

Or, pour plusieurs piliers du parti — Chris Christie en tête —, la stratégie de campagne négative n’est pas viable. Le GOP (Parti républicain) doit absolument, s’il souhaite remporter les élections en 2016, bâtir un programme politique constructif et cohérent, afin de constituer une solution de rechange sérieuse.

En effet, selon un sondage datant du 5 mars, si les présidentielles se tenaient aujourd’hui, Clinton serait élue avec une majorité plus que confortable, avec 50,9 % des suffrages — contre 39 % pour Christie et 38% pour Rand Paul.

Mener des sondages aussi loin des primaires peut sembler superflu, puisqu’ils ne permettent pas de donner des prévisions efficaces sur les candidats vainqueurs de chaque parti. Néanmoins, ils offrent de précieux indices quant aux comportements des électeurs. Les grands bailleurs de fonds et les activistes des partis perçoivent ce genre de sondages comme des révélateurs des principales forces et faiblesses des potentiels candidats à l’échelle nationale.

Si la perspective d’une course prochaine se confirme, Hillary Clinton va devoir prouver qu’en dépit de son âge (elle aura 69 ans en 2016), elle est en mesure de rallier un éventail toujours plus large d’électeurs en offrant un programme politique à même de déstabiliser à la fois ses adversaires républicains et les «challengers» démocrates, dont les représentants les plus à gauche du parti lui reprochent, entre autres, d’être un véritable faucon en politique étrangère.

De plus, ses rapports privilégiés avec le milieu des affaires alimentent les critiques des anti-Clinton du Parti démocrate qui doutent de ses capacités à rejoindre la classe moyenne.

Compte tenu de son expérience — et en l’absence d’étoiles montantes du Parti démocrate —, Clinton est effectivement la candidate si ce n’est inévitable, du moins la plus évidente.

Cependant, la surmédiatisation actuelle autour de sa potentielle candidature risque de susciter, auprès de la population, une lassitude qui peut nuire de façon dramatique à sa nomination à la tête du parti en 2016.

Si les républicains parviennent à mener à bien leur campagne négative, la perte de crédibilité dont elle serait victime, associée à un désintérêt de l’électorat, pourrait mettre fin à ses espoirs de prendre possession de la Maison-Blanche.

A.E

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