Bilan du premier discours de Donald Trump sur l’état de l’Union

 

Les experts ont souligné avec bien souvent une ironie non dissimulée, l’appel à l’unité auquel s’est essayé Donald Trump, mardi 30 janvier lors de son discours au Congrès. Sarcasmes et ironies mis à part, plusieurs éléments sont à retenir de ce premier discours trumpesque sur l’état de l’Union.

Un contexte tendu

Au lendemain d’un épisode de paralysie des instances gouvernementales (shutdown) qui aura duré 69 heures (du 19 au 22 janvier dernier), Trump a exhorté les démocrates et les républicains à travailler de concert pour parvenir à un accord bipartisan sur la question des DREAMERS. En effet, le chef de la minorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer a mis fin à cette impasse en permettant l’adoption d’un budget provisoire en échange d’un vote sur le statut des DREAMERS le 8 février prochain. Dans la perspective des élections de mi-mandat en novembre, la stratégie de Schumer est de défendre les sièges des sénateurs qui seront en élections dans des États républicains comme le Missouri, la Virginie-Occidentale ou l’Indiana.

Pour rappel, les DREAMERS sont des immigrés clandestins arrivés aux États-Unis enfants avec leurs parents. Ils sont actuellement protégés de l’expulsion par le DACA (Deferred Action for Childhood Arrivals) jusqu’au 5 mars 2018. Ce programme mis en place par l’administration Obama a été abrogé par Trump car jugé inconstitutionnel.

Avec un taux d’approbation particulièrement faible (40.3%) après seulement un an en fonction, le président a besoin d’aller chercher le soutien bipartisan pour espérer remporter de nouvelles victoires législatives.

Un agenda politique marqué par une rhétorique identitaire et sécuritaire

Les chiffres encourageants de reprise économique avec une croissance à 2,3% en 2017 contre 1,5% en 2016 qui s’accompagnent d’une augmentation des salaires de 2,9% en janvier contre 2,5% en décembre ont été particulièrement mis en avant par le président qui se félicite de ce bilan positif. Selon lui, les baisses d’impôts accordées aux employeurs comprises dans sa réforme fiscale,  ont permis à des millions d’Américains de bénéficier de bonus et autres primes. Les nombreuses déclarations de Donald Trump tout au long de son discours ont été l’objet de vérifications rigoureuses effectuées notamment par le site Politifact.

Le discours de l’état de l’Union qui traditionnellement appelle à l’unité et à la cohésion nationale a été alimenté cette année par des propos qui tendent davantage à entretenir les divisions que renforcer l’unité. Par exemple, La question de l’immigration a été appréhendée sous le spectre de la violence, de la drogue et du terrorisme.

Sur la question des Dreamers, l’administration Trump consent à ouvrir la voie de la naturalisation de 1,8 millions d’immigrés sous réserve que le Congrès accorde un financement de 25 milliards de dollars pour la construction d’un mur frontalier avec le Mexique. Ce projet prévoit également une forte restriction de l’immigration légale, avec notamment l’abrogation de la loterie de cartes vertes et la suppression des regroupements familiaux élargis.

Cette ligne dure face aux politiques d’immigration s’inscrit dans une dynamique sécuritaire décomplexée. Donald Trump a affirmé sa volonté d’augmenter de plus de 10% le budget militaire dans un objectif de modernisation et de reconstruction de l’arsenal nucléaire.  Il souhaite ainsi réaffirmer la puissance américaine face aux pays rivaux des Etats-Unis dont la Chine et la Russie figurent en première ligne.  Il a dénoncé les régimes communistes de Cuba et du Venezuela, critiqué l’accord nucléaire avec l’Iran et pointé du doigt la dictature de Corée du Nord. Le président compte également poursuivre la lutte contre l’état islamique. À cet effet, il a récemment signé un décret permettant de maintenir le centre de détention de Guantanamo ouvert.

Les énergies fossiles représentent une autre priorité législative du président. En effet, il recommande au Congrès de couper 72 % du financement des énergies propres dans le budget 2018. Si ce scénario se concrétise, le budget de 2 milliards de dollars qui est actuellement accordé aux bureaux du ministère de l’Énergie en charge de l’efficience énergétique et des énergies renouvelables passerait à 575,5 millions.

L’un des aspects les plus nébuleux de son agenda législatif  reste le financement d’un projet d’envergure totalisant 1 500 milliards de dollars visant à réaménager les infrastructures du pays. Avec seulement 200 milliards provenant du gouvernement, le reste devant être assumé par des entreprises privées, l’impact sur les contribuables reste à déterminer.

Les oubliés de l’Union

Lors de son discours axé sur les questions identitaire et sécuritaire à l’unisson des préoccupations de sa base électorale composée en majorité d’hommes blancs âgés de plus de 50 ans, Donald Trump n’a pas fait référence une seule fois aux femmes, aux droits civiques, au principe d’égalité, à la paix, au multilatéralisme, symboles d’ouverture et d’unité.

Afin de marquer leur opposition face au président, de nombreux démocrates se sont habillés soit en noir pour afficher leur soutien aux victimes de violences sexuelles ou en portant des vêtements aux motifs africains Kenté en protestation des propos tenus par Donald Trump pour qualifier les pays en voie de développement  de « pays de merde » (shithole countries)De nombreux invités aux parcours singuliers étaient également présents afin de renforcer les mouvements d’opposition. Des Dreamers et leurs familles, une soldate transgenre afin d’attirer l’attention sur l’interdiction d’enrôler des personnes transgenres dans les corps armés, des réfugiés de l’île de Porto Rico dévastée par les ouragans, sans oublier des personnalités d’origine haïtienne faisant partie des pays qualifiés « de pays de merde » (shithole countries) par le président. Les démocrates avaient également invités des victimes d’agressions sexuelles, en référence aux mouvements #MeToo et #Timesup, dont le président n’a fait aucune mention dans son discours.

Les défis des démocrates

Comme le souligne le représentant Joseph Kennedy III choisit pour offrir la réponse démocrate au discours de Trump, il règne un certain chaos politique à l’approche des élections de mi-mandat. Les démocrates doivent désormais s’attaquer aux problèmes économiques des électeurs de la classe moyenne qui ont tourné le dos au parti en 2016.

Les démocrates ont intérêt à la fois de se distancer des politiques de la Maison-Blanche mais également d’éviter l’instauration d’un nouveau shutdown sur la question des DREAMERS qui ne fait pas consensus su sein du parti lui-même et, qui pourrait nuire à leur crédibilité.

 

 

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Le Parti républicain peut-il de nouveau séduire les Afro-Américains ?

L’avènement en 2010 du Tea Party a consacré le retour fulgurant des conservatismes social et fiscal poussant toujours plus à droite le Parti républicain. Les gains considérables de sièges au Congrès réalisés ces dernières années par le Grand Old Party rendent compte de l’influence indéniable des conservateurs sur la définition de la politique nationale américaine. En 2012, une pluralité d’Américains (38%) se définissaient comme conservateurs (contre 34% pour les libéraux).

Le conservatisme n’est pas un phénomène exclusivement blanc. 33% des Afro-Américains affirment ainsi être proches des idées conservatrices. Ce chiffre, bien qu’il puisse paraître curieux (compte-tenu de l’appui massif des Noirs pour le Parti démocrate), s’explique en grande partie par le fait que les Afro-Américains représentent le groupe ethnique le plus croyant et le plus pratiquant aux États-Unis. En effet, 79% d’entre eux accordent une place importante à la religion dans leur vie quotidienne. Alors que 37% des Américains déclarent se rendre à l’office au moins une fois par semaine, ce chiffre s’élève à 53% chez les Afro-Américains. 76% des Noirs affirment prier au moins une fois par jour contre 58% pour le reste de la population.

Ainsi, en instrumentalisant les valeurs chères aux Afro-Américains comme la place de la religion dans la société, l’opposition à l’avortement et au mariage gai, des élites politiques noires conservatrices parviennent à sensibiliser une partie de cet électorat (et à l’amener à appuyer le Parti républicain). Stratégie qui pourrait s’avérer payante non seulement pour le 4 novembre prochain mais également pour les présidentielles de 2016.

Quelles sont les courses à surveiller ?

Déjà en 2012, un nombre record d’Afro-Américains (72) étaient en course pour remporter un siège sur Capitol HillCe nombre explose cette année avec 83 candidats issus de la communauté noire, soit 65 démocrates et 18 républicains. Parmi ces candidatures républicaines, trois retiennent particulièrement notre attention.

Tim Scott

Tim Scott


Sénateur de la Caroline du Sud, il est en élection cette année afin de conserver le siège dont il a hérité en 2013 après la démission du républicain Jim DeMint, aujourd’hui à la tête de la Heritage Foundation, un influent think tank conservateur. Au moment de sa nomination au Sénat par la gouverneure de l’État Nikki Haley, Scott venait tout juste de remporter un second mandat comme représentant du premier district de la Caroline du Sud à la Chambre des représentants. Selon les derniers sondages, il serait en avance de près de 20 points sur son adversaire démocrate Joyce Dickerson. Scott s’intéresse particulièrement aux questions d’immigration illégale qu’il associe étroitement aux enjeux de sécurité nationale : « A porous southern border is not just an illegal immigration issue, but should be considered a threat to national security ».

Pour enrayer ce phénomène qu’il considère comme un fléau, il se prononce en faveur du déploiement d’un nombre plus important d’agents à la frontière, de la construction de murs frontaliers et préconise le renforcement des systèmes de surveillance vidéo afin de faciliter le repérage des immigrants illégaux.

William Hurd

Will Hurd

Cet ancien agent de la CIA âgé de 37 ans fait campagne contre le démocrate Pete Gallego pour remporter le siège de représentant du 23e district du Texas. Cette course s’annonce comme l’une des plus serrées. Le Texas est reconnu pour avoir une des lois les plus restrictives concernant le vote. En effet, les électeurs doivent fournir une pièce d’identité gouvernementale pour avoir accès aux urnes. Plus de 600 000 Texans risquent ainsi d’être privés de leur droit vote, dont la plupart sont issus de milieux défavorisés et sont par conséquent plus enclins à voter démocrate. Afin de remporter cette course électorale, Hurd surfe sur l’impopularité d’Obama dans son État, en assimilant notamment son opposant aux politiques du président. Il bénéficie également du soutien de Paul Ryan (ancien candidat à la vice-présidence et représentant du premier district du Wisconsin) et du gouverneur du Texas Rick Perry qui a vanté dans une publicité les mérites du jeune candidat.

Mia Love

Mia Love

Étoile montante du Parti républicain, cette jeune femme de 38 ans ne met pas sa couleur de peau au cœur de sa stratégie de campagne puisque seulement 1% de la population de l’Utah est afro-américaine. D’origine haïtienne, elle s’est convertie au mormonisme et affirme son attachement aux valeurs familiales traditionnelles. Elle fut l’une des personnalités publiques les plus remarquées de la convention républicaine de 2012. Après avoir échoué de peu à se faire élire en 2012 malgré l’appui du Tea Party, Mia Love a pris ses distances avec ce mouvement ultra-conservateur. Cette année, elle tente à nouveau sa chance afin de remplacer le démocrate Jim Matheson, qui a annoncé sa retraite. Selon les derniers sondages, elle serait en avance de 9 points sur son adversaire démocrate Doug Owens pour devenir la prochaine représentante du 4e district de l’Utah.


Des victoires qui se révèleraient historiques

Les résultats des élections du 4 novembre prochain pourraient se révéler historiques. En effet, si Tim Scott est élu, il serait le premier sénateur Afro-Américain républicain du Sud élu à Washington. William Hurd quant à lui, serait  le premier représentant noir républicain de l’histoire du Texas. Enfin, Mia Love deviendrait la première femme noire républicaine à siéger au Congrès. De plus, ces trois personnalités représentent des franges de la société américaine que le Parti républicain peine à séduire (les jeunes, les minorités ethniques et les femmes). Ils constitueraient des atouts de poids que le GOP pourrait faire valoir en 2016 lors des prochaines présidentielles.

A.E

La « Grande société » de Johnson fête ses 50 ans

Ce billet et co-écrit avec Christophe Cloutier, candidat au doctorat en science politique, et chercheur en résidence de l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand de l’UQAM.

LBJ

Il y a 50 ans, le 7 mai 1964, lors d’un discours devant des étudiants de l’Université de l’Ohio, le président américain Lyndon Johnson énonçait pour la première fois son rêve d’une « Grande société » (Great Society), où pauvreté et exclusion raciale seraient choses du passé. La suite devait montrer que ce discours était davantage que simple rhétorique. Après une victoire décisive lors des élections de novembre 1964, et aidée par un contexte favorable, l’administration Johnson put lancer un ambitieux programme législatif libéral, dont les droits civiques et la lutte à la pauvreté furent les deux principaux axes. En rétrospective, la Great Society incarne sans contredit le dernier grand moment progressiste de la politique américaine.

1963-1966 : Une « tempête parfaite »

La mise en place des ambitieuses réformes progressistes de la Great Society fut rendue possible par une « tempête parfaite » qui souffla sur les États-Unis à partir de la mort de John F. Kennedy, le 22 novembre 1963. Johnson sut profiter de l’élan de sympathie envers le président disparu, en insistant sur l’importance de mener à bien les idéaux promus par ce dernier. Qui plus est, aux élections de novembre 1964, les démocrates remportèrent une victoire sans appel qui leur conférait d’importantes majorités dans les deux chambres du Congrès. Ayant une fine connaissance du Congrès et de ses membres, résultat de 24 années passées au sein de cette institution en tant que représentant et sénateur, Johnson sut exercer son influence et faire avancer son ambitieux programme législatif, notamment grâce à l’entretien de liens personnels avec les élus et par l’utilisation du fameux « Johnson Treatment », consistant en un mélange de pressions, d’intimidations et de privautés envers les plus récalcitrants d’entre eux. Le 89e Congrès, qui siégea en 1965 et 1966, est considéré par plusieurs comme le plus productif, de l’histoire des États-Unis. Les lois qui y furent adoptées, notamment en regard des droits civiques et de la lutte à la pauvreté, contribuèrent à améliorer le sort de plusieurs millions d’Américains.

L’avènement d’une citoyenneté de plein droit

En ce début des années 1960, la société américaine est traversée par de nombreux tumultes qui vont profondément bouleverser le pays. Les mouvements de contestations des Afro-Américains dans le sud ségrégationniste avec comme figure de proue Martin Luther King vont devenir l’emblème de cette révolte sociale.  Dès le printemps 1964, des débats sont entamés au Congrès afin d’abolir à l’échelle nationale les mesures de discrimination basées sur des considérations raciales et/ou de genre. Le Civil Rights Act sera adopté le 2 juillet 1964. Le Voting Rights Act, voté en 1965, vint quant à lui compléter les réformes des droits civiques en permettant aux Afro-Américains d’exercer librement leur droit de vote. Afin de favoriser l’accès à l’égalité des chances aux minorités, des mesures de discrimination positive (Affirmative action) seront mises en place par l’administration Johnson. Grâce à ces dispositions, le pourcentage d’Afro-Américains appartenant à la classe moyenne va quadrupler en l’espace de 40 ans, passant de 13,4% en 1960 à 51% au début du XXIe siècle. Avancée qui s’inscrit dans cette guerre contre la pauvreté lancée par Johnson.

Des avancées dans la guerre contre la pauvreté

Lors de son premier discours sur l’état de l’Union, en janvier 1964, Johnson avait annoncé que son administration déclarerait une guerre inconditionnelle à la pauvreté. Tout comme son prédécesseur Kennedy, Johnson avait été impressionné par la lecture du livre de Michael Harrington, The Other America, qui affirmait qu’au sein de la prospère Amérique de l’après-guerre, 25% des Américains vivaient dans la pauvreté. Lui-même issu d’un milieu modeste, le président était particulièrement sensible à cet enjeu. Son administration mit en place l’Office of Economic Opportunity, qui fut responsable de la gestion de la plupart des programmes de lutte contre la pauvreté. Plus significatif encore, c’est sous Johnson que furent créés les programmes Medicaid (assurance-maladie pour les plus démunis) et Medicare (assurance-maladie pour les aînés), deux programmes toujours en vigueur aujourd’hui et auxquels la plupart des Américains demeurent attachés. Bien qu’il soit difficile de mesurer avec exactitude les effets de la guerre à la pauvreté de l’administration Johnson, il n’en demeure pas moins que le taux de pauvreté aux États-Unis est passé de 17% en 1964 à 11% en 1973.

Bien que les réformes de la Great Society constituent une victoire progressiste majeure, elles vont également renforcer la polarisation idéologique entre le Nord libéral et le Sud profond des États-Unis. Divisions qui persistent encore aujourd’hui, en témoignent les luttes partisanes au Congrès qui mènent bien souvent à l’immobilisme législatif.

2008-2014 : le contexte favorable n’est plus 

Malgré des problématiques semblables, le contexte politique washingtonien est moins favorable à l’adoption de grandes réformes qu’il ne l’était il y a un demi-siècle. Parmi les facteurs à considérer, il importe de s’attarder aux grandes différences qu’il y a entre Johnson et Obama en ce qui concerne leurs relations avec le Congrès. Alors que Johnson était connu pour son style sans états d’âme, provocateur et décomplexé, Obama adopte une attitude plus nuancée, en quête de compromis. De plus, contrairement à Johnson qui fort de son expérience connaissait personnellement chaque élu au Capitole, Obama, élu au Sénat en 2004, soit quatre ans avant son élection à la Maison-Blanche, ne bénéficie pas de cet avantage en vue d’entamer des négociations politiques. Par ailleurs, alors que Johnson profitait d’une majorité démocrate au Congrès durant les cinq années de sa présidence, Obama a dû dès la troisième année de son mandat composer avec une Chambre des représentants à majorité républicaine, au sein de laquelle la polarisation partisane a atteint des niveaux inédits, conséquence notamment de l’influence du Tea Party. En jouant sur la peur, les conservateurs ont su convaincre les Américains que le gouvernement fédéral incarnait la perte des libertés individuelles, emblème de l’American way of life. Cette attitude est à l’opposé de celle qui présida à l’introduction des réformes de la Great Society. En somme, en l’absence d’un contexte politique favorable, il est difficile d’imaginer qu’un programme réformiste aussi audacieux que celui de la Great Society puisse trouver un écho positif dans l’Amérique d’aujourd’hui. En témoigne les luttes politiques, législatives et juridiques que continue de susciter la réforme de l’assurance santé plus connue sous le nom d’Obamacare.

Hillary l’«inévitable» ?

Capture d’écran 2015-02-26 à 11.26.53 Alors même que ses intentions pour 2016 ne sont pas encore connues du public, Hillary Clinton est pourtant pressentie comme la candidate favorite du Parti démocrate.

La couverture du Time du 27 janvier dernier titrait «Can Anyone Stop Hillary ?». Son parcours particulier, où vie privée et vie publique ont rarement été dissociées, renforce le sentiment de promiscuité et de confiance des Américains, qui pourraient appuyer massivement sa candidature.

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Après huit années en tant que First Lady, elle a remarquablement mené sa propre course en 2008. Son expérience politique comme sénatrice de l’État de New York, puis secrétaire d’État durant le premier mandat d’Obama, fait d’elle une personnalité inévitable.

Comme le souligne David Von Drehle, Clinton réunit tous les ingrédients (une réputation unanimement reconnue, de fervents partisans, un réseau de puissants mécènes et de nombreux conseillers) pour incarner la candidate idéale.

Sa candidature permettrait aux démocrates de consolider leur base auprès de l’électorat féminin, qui demeure un des talons d’Achille du Parti républicain, dont les représentants les plus conservateurs s’inscrivent dans une rhétorique ouvertement sexiste, avec notamment leur opposition féroce au droit à l’avortement.

Le super PAC (pour Political Action Committee — comité d’action politique) Ready for Hillary, qui investit activement dans l’hypothétique campagne, a dévoilé dans son site internet une nouvelle vidéo présentant Hillary Clinton comme une icône et soulignant son engagement personnel dans la promotion des femmes en politique.

Forte de son expérience en tant que secrétaire d’État, Clinton détient désormais les arguments nécessaires pour faire taire ses adversaires en 2008 qui remettaient en doute ses capacités de commandant en chef.

Cependant, son refus de prendre le contrôle du processus de campagne actuellement en cours nous laisse perplexe quant à la stratégie visée par l’intéressée.

En outre, le silence dans lequel se complait Clinton permet aux républicains de s’inscrire dès à présent dans une stratégie offensive.

La «candidate inévitable» : bonne ou mauvaise stratégie ?

Les deux principaux supers PAC qui appuient actuellement sa candidature, Ready for Hillary et Priorities USA (qui était derrière Obama en 2012), sont des outils indispensables à la préservation des soutiens financiers des candidats potentiels.

Par contre, selon certains stratèges de l’équipe de campagne d’Obama, Clinton est en train de répéter les mêmes erreurs qu’en 2008 en privilégiant la machine électorale au détriment du message politique.

En s’imposant comme la «candidate inévitable» du Parti démocrate, elle pourrait, d’ici les prochains mois, se retrouver dans une situation fort inconfortable. En effet, l’émergence d’outsiders au sein même du parti risque de détourner l’attention des médias.

Cette stratégie pourrait également compromettre l’appui financier de certains donateurs, qui oseraient lui préférer un candidat plus audacieux.

L’offensive des républicains

Pour contrer le phénomène Clinton, un super PAC républicain, America Rising, a entamé une campagne de discrédit contre la potentielle favorite chez les démocrates. Durant les six derniers mois de 2013, l’organisation a récolté plus de 450 000 dollars.

Les candidats républicains se sentent menacés par la candidature de l’ex-première dame et s’inscrivent déjà dans une stratégie offensive.

Le site conservateur The Washington Free Beacon a obtenu et publié ce qu’il appelle les «Hillary Papers» : des comptes rendus de conversations entre Hillary Clinton et son amie Diane Blair, décédée en 2000.

Dans ces 40 pages d’archives, on retrouve notamment une Hillary qualifiée parfois d’impitoyable, agacée par l’arène politique de Washington.

Parmi les sujets évoqués, les mémoires de Diane Blair révèlent notamment la virulence des propos tenus par l’ancienne première dame à l’encontre de Monica Lewinsky, qu’elle qualifie d’«érotomane narcissique».

Le candidat républicain Rand Paul en a profité pour accuser l’ancien président de «prédateur sexuel», dénonçant l’hypocrisie des démocrates qui s’estiment les défenseurs de l’égalité homme-femme.

Selon Maureen Dowd, du New York Times, les déclarations acerbes d’Hillary Clinton vis-à-vis de Monica Lewinsky sont assimilables à ceux tenus par le juge ultraconservateur de la Cour Suprême Clarence Thomas lors de l’affaire Anita Hill. Par ailleurs, Reince Priebus, le président du Comité national républicain, a lancé les hostilités en affirmant qu’en cas de victoire de Clinton aux primaires démocrates, de nombreux dossiers referont surface (on pense notamment à l’attentat de Benghazi en Libye) .

Or, pour plusieurs piliers du parti — Chris Christie en tête —, la stratégie de campagne négative n’est pas viable. Le GOP (Parti républicain) doit absolument, s’il souhaite remporter les élections en 2016, bâtir un programme politique constructif et cohérent, afin de constituer une solution de rechange sérieuse.

En effet, selon un sondage datant du 5 mars, si les présidentielles se tenaient aujourd’hui, Clinton serait élue avec une majorité plus que confortable, avec 50,9 % des suffrages — contre 39 % pour Christie et 38% pour Rand Paul.

Mener des sondages aussi loin des primaires peut sembler superflu, puisqu’ils ne permettent pas de donner des prévisions efficaces sur les candidats vainqueurs de chaque parti. Néanmoins, ils offrent de précieux indices quant aux comportements des électeurs. Les grands bailleurs de fonds et les activistes des partis perçoivent ce genre de sondages comme des révélateurs des principales forces et faiblesses des potentiels candidats à l’échelle nationale.

Si la perspective d’une course prochaine se confirme, Hillary Clinton va devoir prouver qu’en dépit de son âge (elle aura 69 ans en 2016), elle est en mesure de rallier un éventail toujours plus large d’électeurs en offrant un programme politique à même de déstabiliser à la fois ses adversaires républicains et les «challengers» démocrates, dont les représentants les plus à gauche du parti lui reprochent, entre autres, d’être un véritable faucon en politique étrangère.

De plus, ses rapports privilégiés avec le milieu des affaires alimentent les critiques des anti-Clinton du Parti démocrate qui doutent de ses capacités à rejoindre la classe moyenne.

Compte tenu de son expérience — et en l’absence d’étoiles montantes du Parti démocrate —, Clinton est effectivement la candidate si ce n’est inévitable, du moins la plus évidente.

Cependant, la surmédiatisation actuelle autour de sa potentielle candidature risque de susciter, auprès de la population, une lassitude qui peut nuire de façon dramatique à sa nomination à la tête du parti en 2016.

Si les républicains parviennent à mener à bien leur campagne négative, la perte de crédibilité dont elle serait victime, associée à un désintérêt de l’électorat, pourrait mettre fin à ses espoirs de prendre possession de la Maison-Blanche.

A.E

Que retenir de la soirée électorale du 5 novembre ?

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Lors de la soirée électorale du 5 novembre dernier, trois courses ont particulièrement attiré l’attention des médias. D’abord l’élection sans surprise (73,3% – 24,3%) du démocrate Bill de Blasio à la mairie de New York, contre son adversaire Joe Lhota. Malgré les attaques des républicains le qualifiant de marxiste en raison de son soutien aux Sandinistes au Nicaragua durant la présidence de Ronald Reagan, les New Yorkais ont clairement montré leur volonté de changement après les années Giuliani (1994-2001) et Bloomberg (2002-2013). Le cheval de bataille de cette nouvelle ère progressiste est  la lutte contre les inégalités. De Blasio a un agenda très ambitieux: favoriser l’accès à la scolarité dès quatre ans, construire plus de 200 000 logements sociaux, continuer la lutte contre la criminalité, et augmenter les impôts des plus hauts revenus (500 000 dollars et plus par année). Ce dernier point devra, pour se concrétiser, obtenir l’aval de la capitale de l’État de New York, Albany, mais à un an des élections de mi-mandat, il sera difficile d’obtenir les appuis nécessaires.

Ensuite, la réélection de Chris Christie au poste de gouverneur du New Jersey (60,4% – 38,1%) rappelle que Chris Christie devient un nom incontournable pour les présidentielles de 2016. Il agace les républicains les plus conservateurs et fait trembler les démocrates qui le considèrent comme une menace sérieuse pour 2016. Sa popularité auprès de l’électorat normalement attribué aux démocrates (les femmes, les jeunes, les minorités ethniques et surtout les indépendants) atteint de nouveaux sommets. En effet, malgré ses positions conservatrices sur des enjeux comme le mariage gay et l’avortement, Christie fait preuve de pragmatisme, et choisit ses combats. Il préfèra finalement ne pas s’opposer à la légalisation du mariage entre personnes de même sexe au New Jersey, considérant que c’est une bataille perdue d’avance. De plus, il a personnellement soutenu un projet de loi renforçant le contrôle des armes à feu dans son État,  suite à la tuerie de Sandy Hook en décembre dernier. Récemment, il a dénoncé publiquement l’intransigeance des républicains au Congrès qui a mené au shutdown en octobre dernier.

Enfin, l’élection surprise cette fois-ci, du démocrate Terry McAuliffe (48% – 45%) face au républicain Ken Cuccinelli au poste de gouverneur de la Virginie met en évidence la crise de confiance dont est victime le Grand Old Party (GOP). L’épisode de l’impasse budgétaire du mois dernier est encore dans tous les esprits. À cela s’ajoutent des changements démographiques importants qui redéfinissent les dynamiques électorales, et font des minorités ethniques, l’électorat à séduire, et talon d’Achille des républicains.

A.E

Le « job gap » se creuse aux États-Unis !

Capture d’écran 2015-02-25 à 17.14.08

Toujours en prise avec l’épineux dossier syrien, Obama fait face, sur le plan domestique, à une fausse bonne nouvelle révélée vendredi 6 septembre par le département du travail. Malgré une baisse sensible de 0,1 point du nombre de demandeurs d’emploi en août dernier, représentant 7,3% de la population active (soit le taux le plus bas depuis décembre 2008), l’enthousiasme n’est pas au rendez-vous. Mais pourquoi est-ce une fausse bonne nouvelle ? Face à la faiblesse du marché, les prévisions avaient été revues à la baisse depuis plusieurs mois déjà. Ainsi, en juin c’est 172 000 nouvelles créations d’emplois loin des 188 000 annoncées, et la situation s’aggrave en juillet avec un écart encore plus important entre les prévisions (162 000) et la réalité (104 000).

Selon le « livre blanc » publié le 27 août par l’Express Employment Professionnals, la situation est inquiétante et révèle une véritable transformation du marché de l’emploi. L’étude démontre que la relance économique non seulement ne parvient pas à créer suffisamment d’emplois, mais en plus, elle ne les créé pas là où il faut.  Il existe un décalage de plus en plus important entre les emplois créés, avec soit des emplois très qualifiés, ou au contraire des postes peu qualifiés et peu rémunérés, et le profil des chômeurs, c’est ce que l’on appelle le « job gap ». Ce phénomène engendre une baisse de la population active, actuellement de 63,2% contre 63,4% le mois précédent, soit une perte de plus de 300 000 personnes:« On parle d’un véritable revirement dans la structure de l’emploi Américain: le passage d’une Amérique qui travaille à celle d’une Amérique oisive, avec le nombre d’Américains cherchant un emploi qui est tombé à son plus bas niveau depuis 35 ans ».  Ces demandeurs d’emploi ne sont donc plus comptabilisés dans les chiffres du chômage, contribuant ainsi, à le faire fallacieusement baisser:

Mais qui sont ces personnes qui sortent du marché du travail ? Toujours selon cette même étude, il y a cinq catégories principales: les babyboomers qui partent à la retraite ; les « déprimés » du marché de l’emploi qui finissent par se tourner vers le marché noir ; les jeunes, victimes du manque de création d’emplois qui sont retournés vivre chez leurs parents, ou ont repris les études en attendant des jours meilleurs ; les invalides ou inaptes au travail, de plus en plus nombreux aux États-Unis en raison notamment de l’augmentation de maladies liées au phénomène de l’obésité, et qui touchent une pension d’invalidité; et enfin les femmes, mais également de plus en plus d’hommes qui choisissent de rester à la maison pour s’occuper des enfants afin de limiter les frais de garde.

Ce sont autant d’éléments qui seront instrumentalisés par les adversaires d’Obama (républicains comme démocrates) aux vues des élections de mi-mandat de 2014.

A.E

Shutdown !

Shutdown

Faute d’accord entre les membres du Congrès concernant le vote du budget fédéral, la Maison-Blanche a annoncé la fermeture partielle des instances gouvernementales, effective dès aujourd’hui. C’est un véritable « ping-pong parlementaire » qui s’est opéré lundi au Congrès. La Chambre haute (le Sénat à majorité démocrate) a rejeté pour la seconde fois consécutive le projet de loi proposé par la Chambre basse (la Chambre des représentants). Ce projet prévoyait de reporter l’entrée en vigueur de la loi sur la santé plus connue sous le nom d’Obamacare, dont la mesure phare entre en vigueur aujourd’hui. Désormais, plusieurs millions d’Américains dépourvus d’assurance maladie pourront choisir, quelle que soit leur situation professionnelle, un contrat d’assurance à prix compétitif, grâce aux subventions gouvernementales.

C’est donc presque un million de fonctionnaires fédéraux qui se retrouvent au chômage technique tant que la crise au Congrès n’est pas résolue. La plupart des activités du gouvernement vont être suspendues à l’exception des services jugés essentiels (ceux qui relèvent notamment de la sécurité intérieure et extérieure), ainsi que les dépenses obligatoires (comme les prestations sociales). Les conséquences économiques du Shutdown inquiètent les économistes, qui prédisent (en se rapportant aux chiffres du shutdown de 1995) un ralentissement de la reprise économique déjà faible.

À cela s’ajoute un autre évènement de taille, qui pourrait avoir les effets les plus néfastes à la fois sur l’économie américaine mais également sur le marché mondial. Il s’agit des négociations de la mi-octobre où le Congrès doit décider s’il autorise ou non un relèvement du plafond fixé pour la dette américaine, qui présage de nouvelles batailles autour d’ Obamacare. En effet, si les républicains maintiennent leur position et refusent d’augmenter la capacité de crédit du gouvernement, les États-Unis se trouveront en défaut de paiement et devront faire face à une frilosité des investisseurs étrangers.

À vouloir mener coûte que coûte une guerre ouverte à Obama, les républicains mettent en péril leur crédibilité. Selon un sondage mené par Quinnipiac, 72% des Américains  s’opposent  à la fermeture des instances gouvernementales, et condamnent le comportement de leurs élus. Les chiffres parlent d’eux-mêmes, les républicains récoltent 74% d’avis défavorables contre 60% pour les démocrates.

L’expression « The broken Branch »* très souvent utilisée pour qualifier l’institution législative en soulignant son immobilisme, prend ici tout son sens.

A.E

* En référence à l’ouvrage de Thomas E. Mann et Norman J. Ornstein  The Broken Branch: How Congress is Failing America and How to Get It Back on Track. 

Les enjeux cachés de l’affaire Zimmerman !

Je tiens à remercier très chaleureusement Véronique Pronovost, chercheure en résidence à l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand en Études stratégiques et diplomatiques, pour sa précieuse collaboration, en tant qu’auteure principale de cet article.

« l’affaire Zimmerman » divise les États-Unis depuis plusieurs jours. Le 13 juillet dernier, un juré très controversé, de 6 femmes (5 blanches et une hispanique) a acquitté George Zimmerman, accusé du meurtre de l’adolescent de 17 ans Trayvon Martin le 26 février 2012. Ce procès soulève de nombreuses questions, dont celles du profilage racial, mais également de la légitimité et de la nécessité de ces « milices de quartiers ». Nombreuses furent les réactions sur les réseaux sociaux, dénonçant la nature raciste de cette affaire, pointant également du doigt les défaillances du système judiciaire américain. Certains suggèrant même que Dexter (personnage principal de la série éponyme) « s’occupe de Zimmerman ». 

À l’issue de ce procès ultra-médiatisé, un constat s’impose : à aucun moment, tant au cours du procès que de la délibération, la question raciale n’a réellement été considérée. Cherchant à réfuter les allégations du procureur à ce sujet, les avocats de la défense ont insisté sur les origines latino-américaines de leur client, afin de soustraire ce dernier au cliché populaire limitant le racisme à une opposition entre Noirs et Blancs. De même, les avocats de Zimmerman l’ont identifié comme étant ouvert d’esprit, tolérant et antiraciste. Robert Zimmerman Senior, le père de l’accusé, a témoigné et a même fait paraître une livre confirmant ces traits de caractère. Puis, suite à l’annonce du verdict, une jurée a accepté de répondre anonymement aux questions du populaire animateur Anderson Cooper dans le cadre de son émission 360 diffusée sur les ondes de CNN. Cette dernière affirme que l’aspect racial n’a été soulevé à aucun moment lors de la délibération du jury et donc qu’aucune discussion n’a eu lieu sur le sujet. Le procès de Zimmerman a complètement occulté les problématiques sociales que sont le profilage racial et l’utilisation de stéréotypes raciaux dans la description et l’identification d’une menace.

Seulement, il est difficile d’occulter l’aspect racial de ce dossier, quand le 25 juin dernier la Cour Suprême des États-Unis a invalidé un des piliers juridiques de la lutte pour les droits civiques. En effet, depuis 1965, le gouvernement fédéral était doté d’un pouvoir de contrôle sur neuf États, la plupart au passé ségrégationniste, afin d’empêcher la mise en oeuvre de politiques électorales discriminatoires. Cette décision a suscité l’indignation auprès de la communauté noire, mais également de Barack Obama, qui s’est dit « profondément déçu ». Cette loi au coeur du Voting Rights Act de 1965, avait mis fin aux pratiques destinées à limiter l’accès aux urnes des Afro-Américains (tests de lecture, taxes spécifiques, détention du permis de conduire, etc).  Désormais, hormis dans des « conditions exceptionnelles », dont les termes sont extrêmement flous, les juridictions locales peuvent légalement définir les règles d’accès au vote de leur population

Autre aspect épineux de cette affaire, la question de la légitimité et des limites d’action des brigades de surveillance de quartiers.

La surveillance de voisinage en quelques mots

La surveillance de voisinage ou le « Neighborhood Watch » existe depuis les années 1960 aux États-Unis. Ce phénomène est issu de la tradition des « Town Watch », entrainant des citoyen-ne-s à assister les forces policières locales sous forme d’auxiliaire. Les « Town Watch » avait accès aux radios de la police, portaient des uniformes et utilisaient les armes que la police leurs attribuaient pendant leur quart. Les « Neighborhood Watch » représentent une version diluée des « Town Watch ». Si les deux poursuivent le même objectif, c’est-à-dire la réduction du taux de criminalité, de délinquance et de vandalisme dans un quartier ou une ville, la surveillance de voisinage a tendance à être moins formelle et à exercer un pouvoir moindre. 

En effet, le « Neighborhood Watch », tel que la pratiquait George Zimmerman, se limite à de l’observation et à de la surveillance. En aucun cas les membres de ces groupes n’ont la légitimité légale d’intervenir. Certes, ces individus reçoivent une formation de la part du corps policier local, mais les groupes de surveillance de voisinage sont complètement indépendants des autorités policières. Pour être claire : les membres des groupes de surveillance de voisinage ne détiennent aucun statut particulier ni aucune autorité vis-à-vis de la population. 

Le mouvement s’est développé rapidement à partir des 1960. Certains affirment que ce serait suite au viol et au meurtre d’une jeune new yorkaise ayant eu lieu au vu et au su de nombreux témoins qui ont préféré ignorer l’agression se produisant devant eux. En 1972, l’Association nationale des Shériffs a décidé d’encadrer et d’accroitre le développement des groupes de surveillance en mettant en place un programme à l’échelle nationale. 

Les « Neighborhood Watch » sont totalement décentralisés et doivent se conformer aux règles en vigueur au sein de leur municipalité. Cela implique une variabilité importante d’une ville à une autre en ce qui a trait aux fonctions, au niveau d’activités, à l’organisation ainsi qu’aux obligations d’entrainement et de formation des membres. 

Les limites de la surveillance de voisinage

L’exercice de la surveillance de voisinage peut devenir plus risqué dans les cas où elle s’exerce au sein d’une ville ou d’un État doté d’une loi similaire à la loi floridienne « Stand your Ground ». Aux États-Unis, environ une trentaine d’États possèdent une loi à celle-ci, protégeant le droit de se défendre à l’aide d’une arme même dans le cas où l’assaillant serait désarmé. Alors que l’objectif vise une fois de plus à réduire le taux de méfaits, différentes études, dont l’une de l’Université du Texas A&M, démontrent que ce type de loi entraine une augmentation des homicides et des blessures par balle. Couplé au droit de porter une arme et à une loi du genre « Stand your Ground », les membres des groupes de surveillance de voisinage ont l’opportunité d’exercer un pouvoir immense : celui de la vie et de la mort. Ainsi, même si leur fonction ne leur octroie aucune prérogative, à titre de citoyen, les membres de ces groupes sont protégés par la loi « Stand your Ground » et peuvent donc intervenir dans le cadre d’un crime présumé, dans celui de l’identification d’un individu suspect ou encore d’une menace présumée. 

Les risques de commettre une « erreur », telle que celle commise par George Zimmerman à l’endroit de Trayvon Martin, sont importants. Comme les membres des groupes de surveillance ne sont pas supposés intervenir de manière active lorsqu’un crime est commis, ceux-ci ne reçoivent guère de formation les outilla pour savoir comment agir, pour gérer leur nervosité ou pour neutraliser un individu sans arme. Aussi, les membres de ces groupes ne sont pas entrainés à exercer leur jugement dans une situation stressante. Le contenu des formations soulève de nombreuses interrogations. En effet, à l’heure actuelle, les corps policiers locaux ont pour tâche d’apprendre au « Neighborhood Watch » à identifier des individus et des comportements suspects et menaçants. 

Néanmoins, l’absence de connaissance approfondie de l’environnement dans lequel ils évoluent semble ouvrir la porte aux références collectives stéréotypées de ce qu’est une « menace ». Les propos de Ann Coulter illustrent bien pourquoi il est dangereux de baser son jugement (en tant que surveillant couvert par la loi « Stand your Ground ») : « Why do you suppose there would be a generalized fear of young black males? What might that be based on? Throw us a bone. It’s because a disproportionate number of criminals are young black males. »

Pourquoi George Zimmerman a décidé de suivre Trayvon Martin ? Parce qu’il incarnait, selon ses propres standards, une menace potentielle. La question n’est donc pas de savoir si George Zimmerman était raciste, mais plutôt de savoir si le profilage racial, comme mode de surveillance, est acceptable. 

V.P & A.E

Le GOP peut-il être un parti moderne ?

« Jeune et coloré », voilà ce qui pourrait devenir le nouveau slogan du parti républicain pour les présidentielles de 2016. Le challenge est immense, il faut réussir à convaincre les jeunes que le GOP est un parti d’avenir, ouvert d’esprit, moderne, jeune et dynamique. C’est dans une « bible » d’une centaine de pages « Grand Old Party for a Brand New Generation »que l’on retrouve les détails de cette tentative de séduction. Stratégie qui sera prochainement mise à l’épreuve lors de la convention 2013 du College Republican National Committee, qui se tiendra à Washington D.C, du 13 au 16 juin prochains.

En effet, les résultats des dernières élections présidentielles ont révélé un des points faibles du parti de l’éléphant, à savoir son manque de popularité auprès des moins de 30 ans. Lors d’un sondage réalisé en avril dernier par le Washington Post et ABC News on constate que pour 65% des jeunes âgés de 18 à 29 ans le parti républicain n’est pas en mesure de répondre adéquatement aux attentes de la majorité de la population. Le parti démocrate devenant ainsi l’alternative la plus crédible pour cette part de l’électorat.

Mais tout n’est pas perdu pour le GOP, car plus que le parti en lui-même, c’est surtout l’effet Obama qui a suscité l’engouement auprès des jeunes. Les chiffres parlent d’eux-mêmes, 46% des jeunes déclarent que le parti démocrate répond adéquatement aux attentes des jeunes contre 47% qui déclarent le contraire. Mais, lorsqu’on évoque Obama, 58% des jeunes le perçoivent comme étant en phase avec les réalités d’aujourd’hui. Ce qui explique les résultats des urnes. En 2008, 66% des jeunes de moins de 30 ans et 60% en 2012 ont voté pour Obama (soit 5 millions de voix de plus que son adversaire Mitt Romney). C’est le plus gros score réalisé par un candidat à la présidence depuis Reagan, qui lui avait récolté 56% des suffrages auprès de cet électorat.

Ce qui a desservi le GOP en 2008 et 2012 pourrait très bien leur être d’une aide précieuse pour 2016. En effet, Obama ne pouvant se présenter pour un troisième mandat, les démocrates doivent trouver un successeur qui sera renouveler cet exploit, et aucun candidat ne semble pour le moment, représenter une alternative crédible. Les républicains pourraient, si leur stratégie s’avère efficace, faire balancer les prochaines élections.

La carte de la modernité ne sera cependant pas suffisante. Les questions comme l’immigration, les minorités ethniques, l’avortement, le mariage gai sont également au coeur des débats. Il pourrait être judicieux que le GOP marque une certaine rupture avec la base la plus conservatrice du parti afin d’offrir une alternative plus modérée et moderne sur ces enjeux, susceptible de séduire davantage les plus jeunes. En d’autres termes, jouer la carte du conservatisme économique et constitutionnel laissant au second plan les enjeux moraux. Mais, il reste encore du chemin à parcourir et certaines bourdes risquent de coûter cher au parti. Je vous laisse savourer une sélection de belles perles:

 » Exhibit No. 1: Texas Congressman Louie Gohmert, a GOP member of House Judiciary Committee, told a witness — who had ended her pregnancy after having been advised that the fetus was brain dead, that she should have carried the “child” to term.

Exhibit No. 2: Erik Erickson, the founder of RedState, mansplained to Fox News’ incredulous Megyn Kelly this week that “when you look at biology, look at the natural world, the roles of a male and a female in society, and other animals, the male typically is the dominant role.”

Exhibit No. 3: Phil Bryant, Mississippi’s first-term governor, blamed working mothers for American illiteracy. Exhibit No. 4, Georgia Senator Saxby Chambliss attributed rape in the armed forces to hormones.”

A.E

Crise du budget: sur la voie du compromis ?

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Alors que le soap budgétaire n’en finit plus avec l’entrée en vigueur depuis le 1er mars des coupes obligatoires dans les dépenses publiques, plus connues sous le terme de sequester, il semblerait que le processus législatif reprenne. Mais est-ce synonyme de compromis pour autant?

Même si les deux chambres se sont exprimées sur des propositions de budget, leurs visions diffèrent radicalement quant à la manière de réduire le déficit budgétaire, et le rôle à accorder au gouvernement pour y parvenir. En effet, le Sénat a voté dans la nuit de vendredi à samedi, à une faible majorité 50 contre 49 une proposition de budget pour 2014.

Les démocrates ont affirmé leurs priorités pour enrayer le déficit budgétaire, à savoir l’augmentation des impôts qui permettrait de réaliser des économies de plus de 1000 milliards de dollars sur 10 ans. Pourquoi une si faible majorité ? Pour deux raisons. Tout d’abord parce que le projet occulte la question de l’équilibre budgétaire, chère aux républicains. Ensuite, parce que quatre sénateurs démocrates  (Max Baucus du Montana,  Mark Begich de l’Alaska, Kay Hagan de la Caroline du Nord, et Mark Pryor de l’Arkansas) en réélection l’année prochaine et qui pourraient être en difficulté ont joint le « non » républicain, affaiblissant la légitimité du projet de loi.

La Chambre des représentants, quant à elle, a adopté jeudi dernier, le projet mené par l’ancien candidat républicain à la vice-présidence des États-Unis, Paul Ryan, qui propose d’atteindre l’équilibre budgétaire d’ici 2023. Les républicains affirment pouvoir sauver 4000 milliards de dollars de plus que le projet démocrate grâce à des coupures dans les programmes sociaux, sans augmentation des impôts.

Même si le projet démocrate a de fortes chances d’être bloqué par la majorité républicaine à la Chambre des Représentants, il est surtout le symbole d’un premier essai bipartisan au Sénat pour parvenir à un compromis sur les questions budgétaires. La Maison-Blanche a d’ailleurs salué cette initiative rappelant que contrairement à la proposition de la Chambre, il permettrait de couper dans le déficit tout en favorisant la création d’emploi, offrant une perspective saine et équilibrée.

La bataille continue…

A.E