Les experts ont souligné avec bien souvent une ironie non dissimulée, l’appel à l’unité auquel s’est essayé Donald Trump, mardi 30 janvier lors de son discours au Congrès. Sarcasmes et ironies mis à part, plusieurs éléments sont à retenir de ce premier discours trumpesque sur l’état de l’Union.

Un contexte tendu

Au lendemain d’un épisode de paralysie des instances gouvernementales (shutdown) qui aura duré 69 heures (du 19 au 22 janvier dernier), Trump a exhorté les démocrates et les républicains à travailler de concert pour parvenir à un accord bipartisan sur la question des DREAMERS. En effet, le chef de la minorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer a mis fin à cette impasse en permettant l’adoption d’un budget provisoire en échange d’un vote sur le statut des DREAMERS le 8 février prochain. Dans la perspective des élections de mi-mandat en novembre, la stratégie de Schumer est de défendre les sièges des sénateurs qui seront en élections dans des États républicains comme le Missouri, la Virginie-Occidentale ou l’Indiana.

Pour rappel, les DREAMERS sont des immigrés clandestins arrivés aux États-Unis enfants avec leurs parents. Ils sont actuellement protégés de l’expulsion par le DACA (Deferred Action for Childhood Arrivals) jusqu’au 5 mars 2018. Ce programme mis en place par l’administration Obama a été abrogé par Trump car jugé inconstitutionnel.

Avec un taux d’approbation particulièrement faible (40.3%) après seulement un an en fonction, le président a besoin d’aller chercher le soutien bipartisan pour espérer remporter de nouvelles victoires législatives.

Un agenda politique marqué par une rhétorique identitaire et sécuritaire

Les chiffres encourageants de reprise économique avec une croissance à 2,3% en 2017 contre 1,5% en 2016 qui s’accompagnent d’une augmentation des salaires de 2,9% en janvier contre 2,5% en décembre ont été particulièrement mis en avant par le président qui se félicite de ce bilan positif. Selon lui, les baisses d’impôts accordées aux employeurs comprises dans sa réforme fiscale,  ont permis à des millions d’Américains de bénéficier de bonus et autres primes. Les nombreuses déclarations de Donald Trump tout au long de son discours ont été l’objet de vérifications rigoureuses effectuées notamment par le site Politifact.

Le discours de l’état de l’Union qui traditionnellement appelle à l’unité et à la cohésion nationale a été alimenté cette année par des propos qui tendent davantage à entretenir les divisions que renforcer l’unité. Par exemple, La question de l’immigration a été appréhendée sous le spectre de la violence, de la drogue et du terrorisme.

Sur la question des Dreamers, l’administration Trump consent à ouvrir la voie de la naturalisation de 1,8 millions d’immigrés sous réserve que le Congrès accorde un financement de 25 milliards de dollars pour la construction d’un mur frontalier avec le Mexique. Ce projet prévoit également une forte restriction de l’immigration légale, avec notamment l’abrogation de la loterie de cartes vertes et la suppression des regroupements familiaux élargis.

Cette ligne dure face aux politiques d’immigration s’inscrit dans une dynamique sécuritaire décomplexée. Donald Trump a affirmé sa volonté d’augmenter de plus de 10% le budget militaire dans un objectif de modernisation et de reconstruction de l’arsenal nucléaire.  Il souhaite ainsi réaffirmer la puissance américaine face aux pays rivaux des Etats-Unis dont la Chine et la Russie figurent en première ligne.  Il a dénoncé les régimes communistes de Cuba et du Venezuela, critiqué l’accord nucléaire avec l’Iran et pointé du doigt la dictature de Corée du Nord. Le président compte également poursuivre la lutte contre l’état islamique. À cet effet, il a récemment signé un décret permettant de maintenir le centre de détention de Guantanamo ouvert.

Les énergies fossiles représentent une autre priorité législative du président. En effet, il recommande au Congrès de couper 72 % du financement des énergies propres dans le budget 2018. Si ce scénario se concrétise, le budget de 2 milliards de dollars qui est actuellement accordé aux bureaux du ministère de l’Énergie en charge de l’efficience énergétique et des énergies renouvelables passerait à 575,5 millions.

L’un des aspects les plus nébuleux de son agenda législatif  reste le financement d’un projet d’envergure totalisant 1 500 milliards de dollars visant à réaménager les infrastructures du pays. Avec seulement 200 milliards provenant du gouvernement, le reste devant être assumé par des entreprises privées, l’impact sur les contribuables reste à déterminer.

Les oubliés de l’Union

Lors de son discours axé sur les questions identitaire et sécuritaire à l’unisson des préoccupations de sa base électorale composée en majorité d’hommes blancs âgés de plus de 50 ans, Donald Trump n’a pas fait référence une seule fois aux femmes, aux droits civiques, au principe d’égalité, à la paix, au multilatéralisme, symboles d’ouverture et d’unité.

Afin de marquer leur opposition face au président, de nombreux démocrates se sont habillés soit en noir pour afficher leur soutien aux victimes de violences sexuelles ou en portant des vêtements aux motifs africains Kenté en protestation des propos tenus par Donald Trump pour qualifier les pays en voie de développement  de « pays de merde » (shithole countries)De nombreux invités aux parcours singuliers étaient également présents afin de renforcer les mouvements d’opposition. Des Dreamers et leurs familles, une soldate transgenre afin d’attirer l’attention sur l’interdiction d’enrôler des personnes transgenres dans les corps armés, des réfugiés de l’île de Porto Rico dévastée par les ouragans, sans oublier des personnalités d’origine haïtienne faisant partie des pays qualifiés « de pays de merde » (shithole countries) par le président. Les démocrates avaient également invités des victimes d’agressions sexuelles, en référence aux mouvements #MeToo et #Timesup, dont le président n’a fait aucune mention dans son discours.

Les défis des démocrates

Comme le souligne le représentant Joseph Kennedy III choisit pour offrir la réponse démocrate au discours de Trump, il règne un certain chaos politique à l’approche des élections de mi-mandat. Les démocrates doivent désormais s’attaquer aux problèmes économiques des électeurs de la classe moyenne qui ont tourné le dos au parti en 2016.

Les démocrates ont intérêt à la fois de se distancer des politiques de la Maison-Blanche mais également d’éviter l’instauration d’un nouveau shutdown sur la question des DREAMERS qui ne fait pas consensus su sein du parti lui-même et, qui pourrait nuire à leur crédibilité.

 

 

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